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Lignes directrices de l'IUCN pour les réintroductions





Le nombre croissant de programmes de réintroduction a conduit l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) à éditer des lignes directrices relatives aux réintroductions. Elles ont pour objectif d’indiquer aux gestionnaires de programme de réintroduction la conduite à tenir afin d’obtenir les résultats escomptés.


Une réintroduction est une tentative de réimplanter une espèce dans une zone qu’elle occupait autrefois mais d’où elle a disparu. Les objectifs sont généralement d’augmenter les chances de survie de l’espèce sur le long terme, la conservation de la biodiversité ou encore le rétablissement d’une espèce caractéristique d’un écosystème.
Les lignes directrices de l’UICN concernent non seulement les conditions biologiques, socio-économiques et juridiques à prendre en compte avant la réintroduction mais également apportent des conseils sur le lâcher en lui-même et les activités à réaliser après le lâcher des individus réintroduits. Les principaux éléments seront présentés ci-dessous.

Activités préparatoires


Etude de faisabilité et recherche sur le contexte

Une évaluation taxonomique doit être réalisée afin de vérifier que les individus réintroduits appartiennent à la même sous-espèce que ceux éliminés. Ceci pourra notamment être réalisé via des études génétiques afin de comparer le patrimoine génétique des deux populations (passé et réintroduite).
Cette évaluation devra être complétée par une étude très précise sur les besoins et la biologie de l’espèce (éthologie, écologie, aire de répartition, régime alimentaire…).
Enfin, une analyse de viabilité de la population devrait être réalisée afin de schématiser le devenir de la population réintroduite en fonction de différents facteurs environnementaux, des paramètres propres à la réintroduction (nombre d’individus, âge, sex-ratio…). Cette analyse permettra de déterminer le nombre d’individus nécessaire afin d’obtenir un effectif minimal viable pour assurer la survie de l’espèce, la durée nécessaire du programme de réintroduction…

Réintroductions antérieures

Des recherches doivent être menées sur les programmes de réintroduction déjà menés sur la même espèce ou des espèces semblables. Elles permettront de tenir compte des éléments positifs et négatifs de chacun d’entre eux afin d’augmenter les chances de succès de la réintroduction et d’éviter de renouveler d’éventuelles erreurs commises dans le passé du fait d’un manque de connaissance ou d’expérience.

Choix du type et du site de lâcher

La zone de réintroduction doit absolument être incluse dans l’aire de répartition naturelle de l’espèce (En effet, rappelons qu’une réintroduction signifie que l’espèce était présente auparavant mais qu’elle a été éliminée ou a disparu. Elle diffère de l’introduction à des fins de conservation, qui elle consiste à introduire une espèce hors de son aire de répartition connue mais au sein d’un habitat similaire. Ce choix étant fait lorsqu’il n’existe plus d’habitat adéquat au sein de l’aire de répartition naturelle de l’espèce).
La réintroduction doit se faire dans une zone bénéficiant de mesures de protection sur le long terme (parc national…).

Evaluation du site de réintroduction

Le site de réintroduction doit abriter des conditions écologiques favorables à la présence de l’espèce. Il s’agit notamment de la présence d’habitats d’alimentation et de reproduction suffisants pour héberger les individus réintroduits. Le site doit héberger des ressources suffisantes pour assurer la survie de la population, et notamment d’une population minimale viable à la survie de l’espèce sur le site réintroduit.
Un recensement et une évaluation des facteurs ayant conduit à la disparition de l’espèce sur le site doivent être réalisés (facteurs anthropiques et/ou naturels). Le gestionnaire doit s’assurer que ces facteurs ont disparu ou suffisamment diminué, afin de ne pas menacer la population réintroduite.

Existence d’un stock adéquat pour le lâcher

Les animaux fondateurs de la population réintroduite devraient être préférentiellement des animaux sauvages. Ces derniers doivent présenter des caractéristiques écologiques (morphologie, physiologie, comportement…) proches à celles de la population d’origine.
Le prélèvement d’individus pour la réintroduction ne doit pas mettre en péril la population source. Une évaluation doit être impérativement réalisée sur l’impact du prélèvement sur la population source avant le début du programme de réintroduction.
En cas de réintroduction à partir de stocks d’animaux captifs (EEP par exemple), il faudra veiller à ce que les animaux appartiennent à une population dont la gestion démographique et génétique a été faite convenablement. En effet, la réintroduction d’une population est faite uniquement à partir d’un nombre restreint d’individus, il faudra donc veiller à limiter au maximum le risque d’une faible diversité génétique pouvant impacter la nouvelle population (risque de consanguinité élevée…).
Enfin les animaux réintroduits doivent être indemnes de toute maladie afin de ne pas introduire dans le site de réintroduction de nouveaux pathogènes pouvant avoir des effets néfastes sur la population réintroduite mais également sur toutes autres espèces déjà présentes.

Lâcher de stocks en captivité

Les animaux réintroduits issus de captivité doivent avoir fait l’objet d’une « éducation » à la survie dans la nature dans leur environnement captif. La probabilité de survie d’un animal issu de la captivité doit être proche de celle d’un animal sauvage.

Conditions socio-économiques et juridiques

Une évaluation de l’acceptation du projet de réintroduction par la population locale doit être réalisée. Cet élément est d’autant plus important si la disparition de l’espèce est la résultante d’activités humaines (chasse ou prélèvement excessifs d’individus, altération des habitats…).
Le projet doit être compris et accepté par les populations locales afin d’assurer la protection sur le long terme de l’espèce.
Les activités humaines ne doivent pas mettre en péril la réussite du programme de réintroduction. Si c’est le cas, soit des meures devront être prises avant le début de la réintroduction pour supprimer les menaces, soit la réintroduction doit être abandonnée.
Enfin, il faudra étudier les aspects législatifs et politiques présents au niveau local, national, voire international si le site de réintroduction est frontalier.

Etapes de planification, de préparation et du lâcher


Des indicateurs de réussite du programmes devront être établis à court et long terme afin d’évaluer la réussite de la réintroduction. Cette dernière devra être planifiée et la durée du programme connue avant son début.
Le programme de suivi des individus réintroduits avant et après le lâcher devra être défini avant sa mise en place. Il permettra d’évaluer la réussite du programme, d’établir l’installation d’une population sur le site ainsi que les facteurs démographiques, mais également il devrait permettre de détecter un éventuel problème afin de prendre les mesures nécessaires dans les plus brefs délais si le succès de la réintroduction est remis en question.
La méthodologie exacte du lâcher devra être définie. C’est le cas notamment lorsqu’il est nécessaire de prévoir une période d’acclimatation des individus à la zone de lâcher. D’autres facteurs devront être définis comme : le nombre d’animaux, la période de lâcher, la fréquence des lâchers, le mode…
Enfin il faut veiller tout au long du programme au bien être des animaux devant être réintroduits et proscrire tout lâcher contenant des animaux affaiblis ou malades.

Activités après lâcher


Le suivi après lâcher est indispensable à tout programme de réintroduction. Il peut toutefois être fait selon différentes méthodes : tous les individus ou seulement un échantillon, suivi direct (marquage, télémétrie, balises) ou indirect (traces).

Les études après lâcher devront notamment être portées sur :
- Ecologie et démographie du stock relâché
- Recenser et analyser la mortalité de la population
- Soutien alimentaire ou assistance vétérinaire si nécessaire
- Education à l’environnement
- Evaluer les techniques de réintroduction utilisée : cet élément permettra aux éventuels futurs programmes de réintroductions de tirer parti de cette expérience.
 


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Auteur

GB

Ingénieur écologue
Directeur de la publication
Responsable et fondateur de Conservation-nature.fr

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