La pollution des océans

Difficile de parler environnement sans aborder la question de la pollution des océans. Quelles sont les différentes causes de cette pollution ? Pourquoi est-il importants de protéger les écosystèmes marins et surtout, quel rôle avons-nous à y jouer ? C’est ce que nous allons tenter de comprendre dans ce nouveau sujet.

La richesse des océans

Tout d’abord, il faut savoir que les mers et les océans recouvrent 70% de notre planète et représentent 97% de l’eau disponible. On fera la différence entre un océan, plus profond, bordé de plusieurs continents et une mer, généralement plus réduite mais où l’on retrouve une plus grande diversité marine.  On parle d’ailleurs souvent d’océan mondial puisque le Pacifique, l’Atlantique, l’Indien, l’Arctique et l’Antarctique sont tous reliés les uns avec les autres. D’un autre côté, à l’exception des mers fermées, toutes les mers du monde sont ouvertes sur les océans ou connectées à eux par un détroit. Ce qui se passe dans les uns impactera forcément les autres. Alors ici, nous parlerons des mers et des océans sans forcément faire de distinction.

Très simplement, les océans constituent une ressource absolument prodigieuse. Ils représentent à eux-seuls 90% de l’habitat naturel de la Terre et abritent des dizaines de milliers d’espèces dont la plupart restent encore à découvrir. Ils participent aussi à réguler notre climat, ou à nous fournir en oxygène et en nourriture. On considère aujourd’hui que la moitié des populations du globe dépendent des produits de la pêche et que l’océan est générateur de plus de 30 millions d’emploi. 

Face à toutes ces richesses, depuis des siècles, l’Homme exploite, consomme comme si les ressources marines étaient inépuisables et déverse quotidiennement des quantités colossales de déchets dans les océans. Et comme bon nombre de ressources naturelles de notre Terre, les océans aussi ont atteint leurs limites.

Quelques données sur la pollution des océans

Lorsque ce n’est pas la pêche qui surexploite 30 à 40% des espèces marines, ce sont les pollutions pétrolière, nucléaire ou plastique qui mettent à mal la bonne santé des écosystèmes aquatiques. Qu’ils soient flottants, échoués ou immergés, visibles ou invisibles, les déchets sont très mal digérés par les océans et résistent au temps encore mieux qu’ils ne le font sur Terre. Car non, les déchets ne disparaissent pas simplement une fois sortis de notre foyer. La nature en profitera d’ailleurs bien plus longtemps que nous. 

Chaque année, 8 millions de déchets principalement plastiques sont déversés dans les mers au point que l’on assiste depuis quelque temps à la formation de ce qui a été désigné comme le 7ème continent. Situé dans le Pacifique Nord, entre le Japon et la Californie, il s’agit en réalité d’un amas flottant composé de plusieurs milliers de débris visibles et de microparticules de plastique, étendu sur plus de 3,5 millions de km². L’équivalent de six fois le territoire français. La zone est depuis devenue l’un des symboles de l’impact catastrophique de nos activités humaines sur les océans. Le phénomène n’a d’ailleurs plus rien d’exotique. Une île de plastique composée de milliards de tonnes de déchets a été découverte au large de la Corse en 2019.

Les causes de la pollution des océans

Il faut dire que notre production industrielle s’est considérablement développée ces cinquante dernières années. Consommation de masse oblige, ce sont aujourd’hui plus de 320 millions de tonnes de plastique que nous produisons tous les ans et qui se retrouveront d’une manière ou d’une autre dans les océans par le biais du vent, des pluies et des rivières. 

Il s’agira généralement de sacs, de bouteilles et autres, utilisés comme des produits à usage unique alors que la matière plastique a une durée de vie extrêmement longue. Conséquence, des milliers d’espèces marines sont tuées chaque année du fait de la présence de ces déchets dans leur habitat naturel. Les tortues notamment s’étouffent en avalant des sacs en plastique qu’elles prennent pour des méduses. Et l’on estime que 90% des oiseaux de mer ont aujourd’hui des fragments de plastique dans l’estomac. Le chiffre pourrait atteindre les 99% d’ici 2050 si la gestion des déchets se poursuit de cette manière.

Depuis janvier 2018, grâce à la loi Biodiversité, la France a obligé les entreprises cosmétiques à supprimer les microbilles de leur production. Mais ces fines particules que l’on retrouvait autrefois dans nos produits de beauté, nos gels douche ou nos dentifrices sont encore présentes en grande quantité dans les océans du monde. 

Au final, on estime aujourd’hui que les déchets plastiques visibles en surface ne représentent qu’1% du plastique abandonné en mer. Avec le temps, ils se fragmentent plutôt en micro-particules presque invisibles à l’œil nu pour s’échouer sur nos plages ou se déposer sur les fonds marins après avoir parcouru de très longues distances. Des débris ont ainsi été retrouvés au large de la péninsule Antarctique pourtant déserte, et dans la fosse des Mariannes reconnue comme l’endroit le plus profond de la croûte terrestre.

Si les modes de production et de consommation n’évoluent pas, on estime désormais que les océans abriteront autant de tonnes de plastiques que de poissons à l’horizon 2050. D’ici là, ce sont déjà 693 espèces marines qui sont directement menacées par la pollution. Et la situation est d’autant plus préoccupante que les déchets plastiques ne sont que l’une des multiples causes de la pollution des océans.

À cela s’ajoute aussi la pollution pétrolière par exemple, dues aux échouages et aux collisions entre navires. Malgré quelques améliorations, on estime que ce sont encore 1,5 millions de tonnes de produits pétroliers qui sont déversés chaque année dans la mer sans parler des hydrocarbures dont 350 000 tonnes supplémentaires environ atteignent aussi les mers année après année. En cause par exemple, des bateaux qui se débarrassent en mer de leurs matières toxiques pour éviter les frais de nettoyage au port. 

Il y a aussi la pollution par le mercure qui s’étend pratiquement à tous les milieux aquatiques. Les rejets industriels de mercure dans les océans se sont intensifiés au cours du dernier siècle, et on le retrouve en majorité dans les eaux de surface où vivent les poissons que nous pêchons. Une fois ingéré, il s’accumule dans nos tissus et s’attaque au cerveau ou à notre système hormonal d’autant plus qu’aucun traitement n’existe à l’heure actuelle pour le déloger. 

Les filets de pêche abandonnés quant à eux continuent de piéger des milliers d’espèces et représentent environ 640 000 tonnes de déchets. C’est ce que l’on appelle plus communément la pêche fantôme. 

Et puis la pollution des océans, ce sont aussi nos eaux usées rejetées à 80% sans traitement préalable ou encore les substances toxiques et les résidus de pesticides émis par les industries et les exploitations agricoles. Ils pénètrent les sols et l’atmosphère puis sont transportés par les vents et les rivières jusqu’aux océans du monde. C’est aussi le réchauffement climatique qui augmente le taux d’acidité des eaux par un surdosage en Co2. À terme, les coquilles de certains crustacés pourraient être totalement dissoutes.

Ce dont on parle peu enfin, c’est de la quantité considérable de déchets radioactifs contenus dans les océans. Difficile à croire aujourd’hui mais de 1975 à 1982, la Convention de Londres autorisait le rejet de déchets nucléaires dans la mer. Au cours de cette période, l’Angleterre à elle seule a eu le temps d’y déverser environ 75 000 tonnes de fûts radioactifs protégés par du bitume et du ciment. Le problème, c’est que les fûts s’érodent sous les attaques de l’eau de mer et que l’on ne sait pas vraiment jusqu’à quand ils résisteront.

Des sources de pollution multiples donc qui pourraient à terme bouleverser l’équilibre des écosystèmes marins et de nos sociétés humaines. 

Pourquoi il est important de protéger océans ?

Et bien, tout simplement parce que les océans sont essentiels à la vie sur Terre. On ne le sait pas toujours et pourtant, les océans produisent environ 50% de l’oxygène que nous respirons grâce au phytoplancton qui participe à la photosynthèse. Le phytoplancton ce sont toutes ces bactéries et microalgues que l’on retrouve dans les eaux de surface. En réalité, il s’agit d’un poumon pour la planète, au même titre que la forêt Amazonienne. Les océans participent aussi à absorber 30% des émissions mondiales de Co2 pour les stocker dans les profondeurs, régulant ainsi notre climat et nos températures. Sans les océans, les chaleurs rendraient la Terre difficilement habitable. 

L’absorption de notre Co2 n’est d’ailleurs pas sans conséquences. Les eaux se réchauffent, leur composition chimique évolue et ce sont des écosystèmes entiers qui s’effondrent. La population de krill, ces crevettes microscopiques situées à la base de la chaîne alimentaire, ont d’ores et déjà disparu de 80%. Ailleurs, les rejets agricoles, les pesticides, les métaux lourds entraînent l’appauvrissement de la teneur en oxygène de l’eau créant des zones mortes où toute forme de vie s’est éteinte. On en compte environ 500 aujourd’hui, pour une surface totale de 245 000 km² soit environ la surface du Royaume-Uni. Les grands fonds ne sont d’ailleurs pas épargnés.

Dans le même temps, on assiste au développement d’un tout nouvel écosystème : la plastisphère. Il s’agit tout simplement de micro-organismes qui se développent sur le plastique à la dérive. Leur impact est encore mal connu mais il se dit déjà qu’il faudrait 80 000 ans pour débarrasser en intégralité les océans de ces déchets. Ceux-ci transportent d’ailleurs souvent d’autres espèces invasives qui bouleversent les écosystèmes en profondeur.

Et puis il ne faut pas oublier que nous faisons partie intégrante de la chaîne alimentaire. Les micro-particules libérées par les déchets plastiques sont ingérées par les animaux qui les confondent avec de la nourriture et ce sont à terme dans nos assiettes que nous les retrouvons. Pour 300 grammes de chair de moule, nous ingérons en moyenne 300 microparticules de plastique ! Une véritable urgence sanitaire d’autant que les produits de la mer constituent une source vitale de nourriture pour une large part de la population mondiale.

Et pourtant, les émissions de Co2 se poursuivent au rythme de la production de masse des produits en plastique. On parle déjà d’une possible augmentation de 50% de la quantité de Co2 rejeté dans l’atmosphère d’ici 2030. Si les choses se poursuivent à cette cadence, les scénarios les plus pessimistes annoncent que la plupart des poissons pourraient pratiquement disparaître d’ici 2035 entraînant la chute de toute l’économie de la pêche. La destruction de la biodiversité marine est donc un enjeu de taille pour nos sociétés, à de nombreux niveaux.  

Ce qui a été fait pour protéger les océans

Malgré tout, l’océan est extrêmement réglementé. De nombreux accords internationaux définissent aujourd’hui les règles à respecter en termes de navigation, de pêche ou d’exploitation des ressources car la question intéresse et préoccupe depuis bien longtemps. En témoigne la Journée Mondiale de l’Océan créée en 1992 et célébrée tous les 8 juin afin de sensibiliser à la place primordiale occupée par les océans et d’assurer leur protection. Mais seuls 12% des océans sont protégés juridiquement. Tout reste encore à faire.

Et en attendant que la législation évolue davantage, les collectes en mer ou sur les plages se multiplient pour limiter la progression des micro-plastiques dans les différents niveaux de l’échelle alimentaire. 

Les marques aussi s’engagent à l’image du géant des produits capillaires Head & Shoulder ou du designer allemand Cyrill Gutsch qui s’est associé à Adidas en 2015 pour concevoir des chaussures de sport à partir de plastique recyclé collecté sur les plages des Maldives. À une échelle plus globale, ce sont aussi certains pays qui se sont associés pour mettre en place une série de quatre mesures de protection : 

  • Limiter la pêche.
  • Prévenir les marées noires.
  • Protéger la faune et la flore.
  • Créer des aires marines protégées. 

Un espace protégé de ce type a ainsi vu le jour en Antarctique fin 2016. On y retrouve notamment des colonies de manchots Adélie, des pétrels ou encore des phoques de Weddell, le tout sur une surface d’environ 1,5 millions de km² ce qui constitue la plus vaste aire marine au monde. 5000 zones protégées ont fleuri un peu partout sur la planète. 

Malgré tout, il faut continuer à se mobiliser en permanence pour que les choses avancent.

Ce qu’il reste à faire pour diminuer la pollution des océans

Et cela passe notamment par le recyclage de 50% minimum des déchets collectés, l’élimination progressive du plastique à usage unique et la diminution de la production mondiale d’emballages plastique. Il faut dire que l’encadrement de la gestion des déchets tarde à venir et c’est en partie ce qui a permis à la pollution plastique de se développer. En effet, il est plus facile de rejeter les déchets dans la nature que de gérer correctement leur fin de vie et forcément, c’est l’environnement qui en subit les conséquences. Question d’économies. 

À ce jeu là, la France fait d’ailleurs office de mauvais élève européen puisque seules 49% des bouteilles en plastique sont recyclées. Le plupart sont simplement décyclées, soit refabriquées à partir d’un plastique de moins bonne qualité ne pouvant plus être recyclé par la suite. 

Mais l’on parle maintenant d’une augmentation de 41% de la production mondiale de déchets plastiques d’ici 2030. Il est plutôt temps d’adopter une vision à long terme qui ne mettra pas les enjeux économiques au premier plan mais se recentrera au contraire sur l’essentiel. À savoir notre environnement, notre biodiversité. Notre survie, tout simplement.

D’ailleurs, de nombreux projets se mettent en place. La création de Barges Plastiques Géantes, destinées à aspirer les micro-particules, a d’ores et déjà été envisagée tout comme The Ocean Cleanup, imaginé par un jeune entrepreneur néerlandais. La barrière de flotteurs de 600 mètres de long espère pouvoir vider la moitié du 7e continent du Pacifique, soit 15 000 tonnes de plastique par an. Les premiers tests ont mis en évidence quelques failles dans le dispositif mais les perfectionnements se poursuivent. Le voilier Le Manta de son côté doit voir le jour en 2023 et permettre de collecter et de compacter les déchets flottant à la surface grâce à une unité de tri intégrée. Ce qui ne peut pas être recyclé sera transformé en carburant pour le bateau via un incinérateur. Le Manta, lui, tirera son énergie de panneaux solaires, d’éoliennes et d’hydro-générateurs.  

Comment protéger les océans à son niveau ?

Et bien, les déchets d’origine terrestres représentent environ 80% de la pollution marine mondiale. Tout doit commencer par un traitement à la source en réduisant sa consommation de plastique au quotidien par exemple, en réutilisant, en recyclant ses produits. C’est la base de la démarche Zéro Déchet. Le plastique nous a échappé depuis plusieurs années maintenant mais il est encore temps de reprendre le contrôle.

Consommer de manière éco-responsable, c’est aussi éviter le suremballage et les produits à usage unique au profit d’alternatives plus durables. 

Pour diminuer le rejet de substances nocives dans les océans, il est aussi possible de limiter l’utilisation de produits toxiques pour le ménage du quotidien, le jardinage ou le démaquillage en ayant recours notamment à des nettoyants plus naturels. Les produits de grande consommation regorgent de toute façon de substances néfastes pour la santé.  

Il est aussi possible de diminuer sa consommation d’eau ou de prendre part au nettoyage des plages. Le plus tôt possible est toujours le mieux. Et puis une fois en vacances, on ne laisse aucune trace de son passage et l’on évite de ramasser ce qui se trouve sous la surface.  

Pour aller plus loin et lutter contre la surpêche, on pourra diminuer sa consommation de poisson ou encore éviter les espèces menacées ou d’élevage tels que le thon rouge, la lotte, le saumon sauvage d’Atlantique ou le cabillaud. La production d’1 seul kilo de saumon nécessite par exemple l’utilisation de 5 kilos de poissons. 

Récemment, plus de 190 pays se sont réunis aux Nations Unies pour discuter d’un traité mondial sur la haute mer afin de parvenir à protéger au moins 30% des océans d’ici 2030. Difficile d’atteindre les objectifs préconisés par les scientifiques sans une vraie cohésion internationale. Les négociations finales devraient avoir lieu en 2020.

D’ici là, puisque 64% des océans sont définis comme des eaux internationales et n’appartiennent à aucun pays en particulier, leur préservation prend la forme d’une véritable responsabilité collective. En ligne de mire, ce sont potentiellement les énergies de demain qui sont en jeu. De nombreux projets s’intéressent aujourd’hui à la question. Aujourd’hui, seuls 0,2% de l’énergie mondiale sont tirés de la mer alors que le mouvement de 0,1% des vagues seulement pourrait répondre aux besoins énergétiques de toute la planète. Les algues quant à elles pourraient aussi permettre de fabriquer des plastiques biodégradables.

Finalement, ce n’est pas si compliqué de faire un petit geste pour les océans. Sans forcément tout faire à la fois, il suffit parfois d’un seul acte pour commencer à agir à son niveau. Aussi, il ne faut pas oublier qu’en tant que consommateurs, nous avons un choix à faire à chacun de nos achats et que nous pouvons de cette manière exprimer nos convictions et les améliorations positives que nous souhaiterions voir demain pour la biodiversité marine. En recyclant mais aussi en faisant évoluer les modes de consommation, chacun peut à son niveau devenir acteur du changement. 

Protéger les océans et permettre aux générations futures d’apprécier elles aussi leurs richesses naturelles, c’est enfin s’assurer tout particulièrement de la protection des habitats, de la biodiversité, de la chaîne alimentaire et de la qualité des eaux. À l’échelle de la planète, l’altération totale des milieux marins pourrait entraîner non seulement des famines mais aussi des hausses de la pauvreté et divers conflits dus à l’effondrement de certaines économies. Alors on ose les petits gestes simples et on se tourne vers une gestion plus durable qui sera à terme le seul moyen de poursuivre le développement serein de nos sociétés humaines.

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