La jungle : un écosystème sauvage bouillonnant de vie

Une végétation luxuriante soutenue par d’innombrables sources d’eau et que même les rayons du soleil ont du mal à percer, des insectes et des espèces animales par milliers… L’écosystème de la jungle est incontestablement le plus fertile au monde en termes de biodiversité.

Derrière les couleurs extraordinaires de ses plantes à fleurs et ses animaux exotiques dont certains n’existent nulle part ailleurs sur la planète, elle représente un véritable laboratoire à ciel ouvert et rassemble les conditions idéales au développement de la vie.

Une vie riche peut-être mais où rien n’est acquis et où chaque espèce mène une lutte permanente pour les deux ressources les plus précieuses qui soient : la nourriture et la lumière.

Jungle ou forêt ?

Le terme « jungle » désignait à l’origine une forme de végétation typique de l’Inde, caractérisée par une large proportion d’arbres d’aspect irrégulier. Par extension, il fait désormais référence à un certain type de forêt. On parle généralement de jungle pour désigner une partie de la forêt tropicale humide. La partie où la végétation est la plus dense, l’accès le plus difficile et le nombre d’espèces vivantes au kilomètre carré le plus important.

Les jungles du monde se sont réparties le long de l’Équateur, en Amérique du Sud principalement (Brésil, Mexique, Colombie…) mais aussi en Afrique (Congo, Cameroun, Gabon, Madagascar…), en Asie du Sud-Est (Malaisie, Indonésie…) et jusqu’en Océanie avec l’Australie et la Nouvelle Guinée.

Sous les tropiques, les rayons du soleil frappent le sol à la verticale ce qui permet de maintenir en permanence des températures élevées. Dans ces conditions, les jungles ne connaissent pas l’alternance des saisons. Les durées du jour et de la nuit restent globalement identiques tout au long de l’année (environ 12 heures chacune) et les températures oscillent autour de 27 degrés, parfois un peu plus.

Résultat, la chaleur entraîne chaque jour l’évaporation d’une grande quantité d’eau qui se condense en nuages au-dessus de la canopée et favorise les précipitations quotidiennes. La jungle est donc un milieu saturé d’humidité (77 à 88%) à la fois dans l’air mais aussi dans le paysage sous forme de lacs, de fleuves ou de sources dans les plus hautes altitudes.

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Les conditions idéales au développement d’une faune et d’une flore paradisiaques. Ici, proies et prédateurs pullulent en nombre, les arbres regorgent de fruits et de nectar et d’épaisses brumes tropicales font régulièrement leur apparition, abritant encore une faune microbienne absolument renversante.

Suivant le modèle des forêts plus traditionnelles, la jungle s’est développée en couches successives selon un schéma vertical.

Au sommet, les arbres les plus imposants dont certains peuvent mesurer jusqu’à 100 mètres de haut forment la canopée. Ce sont eux qui reçoivent directement la lumière du soleil. Reliés les uns aux autres par un épais réseau de lianes et de branchages, ils abritent une multitude d’oiseaux et d’animaux sauvages et forment une barrière protectrice pour la vie foisonnante qui se développe à leur pied.

Plus bas, dans les strates inférieures, la végétation est également partout. Dans la jungle, le vide n’a pas sa place. Entre les teintes rougeoyantes des heliconias et les étranges pétales boursouflés des tulipes perroquet, tout s’est recouvert de mousse, y compris les roches et les carapaces de certains animaux. Le tronc des arbres n’est pratiquement jamais laissé à nu et accueille plantes et petits animaux, formant ainsi une multitude d’écosystèmes indépendants.

Au ras du sol, la lumière peine à se frayer un chemin et l’obscurité est constante. Les plantes et les arbustes varient de quelques centimètres à quelques mètres de haut et se sont dotés de feuilles larges capables de capter le moindre rayon du soleil. D’autres au contraire les ont réduites à de minuscules écailles et tirent plutôt leur énergie de la matière organique du sol, d’autres encore ont considérablement ralenti le rythme de leur croissance.

Dans la jungle où les ressources abondent mais ne s’obtiennent qu’au prix d’une lutte sans merci, chacun a développé les mécanismes destinés à assurer sa propre survie. Ce qui donne parfois lieu à des spectacles tout à fait exceptionnels.

Sur l’île de Bornéo par exemple, au cœur de la jungle malaise, pousse la rafflésie, une fleur parasite pouvant atteindre jusqu’à 1 mètre de diamètre et peser jusqu’à 10 kilos ! Pollinisée exclusivement par les mouches, elle se distingue notamment à la forte odeur de viande en décomposition qu’elle dégage.

Quant au sous-sol, il reste le théâtre de la décomposition des animaux et des végétaux morts par les mousses, les champignons et les micro-organismes. La matière organique ainsi créée contient tous les nutriments essentiels au développement des plantes. Peu profond en revanche, le sol ne permet pas l’enfouissement des racines des arbres qui restent alors en surface, compliquant davantage les déplacements des espèces de grande taille.

Au coeur de la jungle Amazonienne

Deuxième forêt au monde juste derrière la taïga sibérienne en termes de superficie, la jungle d’Amazonie s’étend au total sur 9 pays et englobe la biodiversité la plus riche de notre planète.

Son climat chaud et humide lui permet de rester verte (ou sempervirente) en permanence, notamment grâce à l’Amazone, plus grand fleuve au monde, qui lui fournit de l’eau en abondance.

On prête aux populations autochtones qui y résident encore un passé agité, entouré de mystères. Autrefois guerriers redoutables voire cannibales, désormais tribus pacifiques tournées vers la sauvegarde de leurs territoires.

Quoi qu’il en soit, l’Homme ne fait ici que figure de minorité au cœur d’une biodiversité florissante. On recense au total près de 30 millions d’espèces d’insectes, 324 espèces de mammifères, 300 espèces de reptiles et 3000 espèces de poissons.

Dans la jungle amazonienne, près de 70% des animaux vivent dans la canopée parmi lesquels une large diversité d’oiseaux. Des perroquets aras aux couleurs chatoyantes aux toucans reconnaissables à leur étrange bec en passant par l’urubu, issu de la famille des vautours, la plupart ont élu domicile sur les plus autres branches et ne redescendent pratiquement jamais.

Plusieurs dizaines de mètres plus bas, les couches intermédiaires de la jungle amazonienne constituent le lieu de vie et le terrain de chasse d’une quantité phénoménale d’insectes, de reptiles et de mammifères.

On y retrouve notamment le jaguar, plus grand félin d’Amazonie, le paresseux qui ne quitte son arbre qu’une fois par semaine, l’anaconda vert, le lézard Jésus-Christ capable de courir sur l’eau mais aussi une foule colossale de primates.

Chimpanzé, nasique, mandrill, maki catta, et bien sûr le singe hurleur, reconnu pour être l’animal le plus bruyant au monde avec un cri portant jusqu’à près de 5 km. La jungle amazonienne bouillonne de vie et résonne en permanence d’une infinité d’échos.

Une vie bouillonnante que l’on retrouve également sous les flots. L’Amazone abrite en effet quelques milliers d’espèces sous-marines en tous genres qui ont su s’adapter à leur milieu au fil du temps. Certains poissons se nourrissent par exemple des fruits tombés dans l’eau, d’autres comme le Pirarucu peuvent peser jusqu’à 200 kilos.

Raies d’eau douce, caïmans, dauphins roses ou gris se pressent aussi dans le lit du fleuve tout comme les piranhas, mondialement reconnus pour être de redoutables prédateurs. Dans la réalité, sur 20 espèces recensées, seules 5 espèces de piranhas mangeraient de la viande.

Biodiversité et réchauffement climatique

Continuellement humide, entourée de la vaste quantité de vapeur d’eau qu’elle produit, la jungle est une alliée indispensable dans la régulation du climat et la lutte contre le réchauffement climatique. Les nuages qui l’enveloppent aident à refroidir la Terre en réfléchissant la lumière du Soleil tandis que les arbres présents en grand nombre contribuent à stocker le dioxyde de carbone tout au long de leur vie.

Des missions essentielles que la jungle ne peut assurer que grâce au maintien de sa biodiversité qui est, comme nous l’avons vu, tout à fait extraordinaire. En Amazonie ou à Bornéo par exemple, les jungles accueillent parfois plus d’espèces d’arbres différentes sur un demi-kilomètre carré que dans toutes les forêts tempérées d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie réunies ! La diversité en espèces tend au contraire à diminuer à mesure que l’on se rapproche des pôles de notre planète.

Les variétés de grande taille y côtoient les fougères, les lianes, les lichens, les palmiers mais aussi des plantes fruitières telles que le bananier, l’ananas ou le cacaotier, indispensables dans le commerce international.

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Dans la jungle, les découvertes ne s’arrêtent jamais puisque de nouvelles espèces animales et végétales continuent d’être recensées chaque année, à raison d’environ 8 par an. Des êtres vivants souvent étonnants et dont les glandes ou les molécules sont dotées de propriétés thérapeutiques, sédatives, anti-inflammatoires, parmi de nombreux autres bienfaits. Autant de ressources indispensables pour le secteur pharmaceutique.

Entre lutte et entraide, la faune et la flore de la jungle

Compétition entre les arbres pour l’accès à l’eau et à la lumière, prédateurs féroces (tigres, jaguars, puma…) auxquels échapper à l’heure du dîner, la vie dans la jungle n’est pas de tout repos.

Aussi les plus petits mammifères et les insectes sont-ils passés maîtres dans l’art du camouflage. Par mille et un stratagèmes, ils se confondent avec la flore environnante, elle-même capable d’avoir recours à une multitude de techniques pour arriver à ses fins.

Les plantes carnivores par exemple, indissociables de l’écosystème de la jungle, bouleversent les sens avec leurs couleurs et leurs parfums irrésistibles. Adaptées à des conditions de vie rudes, elles sont toutefois capables de survivre plusieurs semaines sans nourriture, comme le font bien des espèces animales à sang froid.

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Mais le camouflage ne suffit pas toujours et les animaux de la jungle ont développé pour survivre de mécanismes de défense et d’attaque tout à fait étonnants. En cas de confrontation entre deux espèces, on se pique, on se mord, on s’assomme d’un coup de queue, on s’empoisonne ou l’on se jette de l’acide.

Les prédateurs de leur côté se sont dotés de sens ultra développés mais aussi parfois de détecteurs thermiques, ultraviolets ou de systèmes à micro-ondes. il semble que chaque espèce ait choisi son artillerie, et toutes sont ainsi armées en permanence.

Mais au-delà de la lutte perpétuelle pour la nourriture ou l’énergie, on remarque aussi dans la jungle comme dans tous les écosystèmes de la planète, une formidable coopération entre les êtres vivants.

Aujourd’hui, certains tigres vivent dans les arbres par exemple et quelques espèces d’araignées dans des plantes remplies d’eau, parce que tous se sont adaptés aux conditions très particulières de leur milieu, et que tous ont un rôle à y jouer.

Chaque élément de la jungle, qu’il soit animal ou végétal, dépend ainsi d’autres éléments de son écosystème pour se nourrir et pour survivre, faisant de tous les maillons de la chaîne alimentaire des éléments interdépendants.

Par exemple, les bactéries, les micro-organismes et les insectes présents dans le sous-sol de la jungle comme les termites se nourrissent des plantes et des animaux morts. Ils participent ainsi à la formation de la matière organique qui permet de conserver un sol riche dans lequel une flore et une faune denses pourront se développer.

Mais les insectes entrent également dans le régime alimentaire de bon nombre de mammifères et notamment des primates qui de leur côté participent activement à la dissémination des graines. En parallèle du travail des pollinisateurs tels que le colibri par exemple qui se régale du nectar des fleurs, les singes, les oiseaux et de nombreux animaux de toutes tailles aident en effet à la propagation des graines en consommant des fruits et en se déplaçant à travers la jungle. C’est ce que l’on appelle communément la zoochorie.

À d’autres échelle, on observe également une vraie symbiose entre les racines des arbres et les champignons capables de s’apporter mutuellement de l’eau et des nutriments, et entre les arbres eux-mêmes qui se préviennent les uns les autres d’un danger ou de la proximité d’un ravageur.

Autrement dit, la jungle est tout sauf un espace figé. Elle forme au contraire un écosystème dynamique et mouvant, peuplé d’êtres vivants de toutes sortes qui ont conscience de la présence de chacun et qui interagissent les uns avec les autres.

Une biodiversité sur le déclin

Et pourtant, même au cœur de la jungle la plus épaisse, les bouleversements climatiques laissent déjà leur marque. Les arbres ont eux aussi leurs propres limites, et le réchauffement climatique s’avère beaucoup plus rapide que la capacité d’adaptation et de stockage du carbone par le monde végétal.

D’autant que la hausse des températures contrarie progressivement le développement des arbres et favorise leur mortalité, ce qui aura également un effet sur le changement climatique.

Un effet d’autant plus préoccupant que la jungle est également soumise à d’autres menaces. En première ligne, les incendies, la déforestation et le processus de fragmentation.

Là où les jungles du monde correspondaient à l’origine à de vastes étendues sauvages très peu touchées par l’Homme, on constate qu’elles sont aujourd’hui de plus en plus morcelées au profit de l’agriculture et de l’aménagement urbain. En 1987, la construction du barrage de la rivière Khlong Saeng a transformé la jungle thaïlandaise en un regroupement de 150 îlots épars où la diversité biologique est amenée à se réduire faute de nourriture et d’espace de vie suffisant.

Impossible en effet de maintenir une flore et une faune riches dans des habitats fragmentés, réduits à leur minimum et où la régénération naturelle serait strictement encadrée par l’activité humaine.

Pourtant, en dépit des interdictions, les projets d’aménagement se poursuivent et la déforestation ne cesse de gagner du terrain. En Asie du Sud-Est, dans l’île de Bornéo où se concentre environ 6% de toute la biodiversité mondiale, on rase les forêts pour leur bois, leur pulpe ou pour céder la place aux plantations de palmiers à huile, comme on le fait en Amazonie pour cultiver le soja par exemple.

Le procédé n’épargne aucune jungle de la planète. La déforestation a ainsi été multipliée par quatre en un an et s’effectue majoritairement par le feu, causant des incendies considérables et la mort des millions d’espèces animales et végétales.

Résultat, des plantes parfois remarquables sont sur le déclin et des centaines de nouveaux animaux ont rejoint la liste rouge mondiale des espèces menacées de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Il faut dire que la déforestation offre un accès à des zones jusque-là épargnées, ce qui a permis au braconnage et au commerce illicite lié aux espèces sauvages de littéralement exploser ces dernières années.

L’orang-outan de Bornéo, le lémurien, le varan de Komodo ou le gorille de l’Est par exemple, plus grand gorille au monde, sont aujourd’hui tous menacés par la disparition de leur habitat naturel couplée à un braconnage illégal.

À cela s’ajoutent parfois d’anciennes superstitions qui pèsent un peu plus lourds encore sur la survie des espèces. Avec sa fourrure sombre, ses yeux rouges et ses longs doigts griffus, l’aye-aye est un étrange primate que l’on peut observer la nuit dans les forêts de Madagascar. Déjà menacé par le recul de son habitat, il est aussi chassé par les populations locales qui pensent lutter ainsi contre un mauvais présage.

D’autres animaux comme l’okapi, cousin de la girafe, ou l’éléphant d’Asie sont traqués jusque dans les réserves naturelles pour leur viande ou leur ivoire, tandis que les oiseaux de Paradis aux couleurs éclatantes se destinent à devenir des oiseaux d’agrément.

Des menaces qui n’épargnent pas non plus les plus gros félins comme le guépard ou la panthère, tous deux réduits à de simples trophées de chasse ou tués pour leur peau. Les grands prédateurs de la jungle courent tout droit à leur extinction.

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Pour d’autres espèces comme le gecko à crête que l’on retrouve en Nouvelle-Calédonie, la menace est beaucoup plus insidieuse et prend la forme d’autres animaux comme la fourmi de feu. Rassemblées en nombre, elles attaquent et mettent en péril l’équilibre des population de ces reptiles.

Quant aux plantes, le bilan est tout aussi préoccupant. Certaines formes d’hibiscus sont d’ores et déjà considérées comme vulnérables tandis que l’acajou des Antilles ou le ficus reculent régulièrement du fait de leur exploitation massive ou de la perte de leur habitat. L’euphorbe de son côté, pourtant reconnu pour sa croissance rapide et son caractère invasif, est menacé à 64,2%.

Des mondes sauvages à préserver

On les imagine généralement vierges et totalement préservées de l’action humaine pourtant, rares sont les jungles du monde à être encore vraiment intactes. Pour ce qui est de la forêt tropicale amazonienne par exemple, de récentes études ont mis en évidence le fait qu’elle ait abrité par le passé bien plus de villages que ce que l’on pensait.

De tous temps, l’Homme a contribué à la dynamique de la jungle et a su s’adapter aux caractéristiques si particulières de cet environnement, de la même manière que la faune et la flore extraordinaires qui y ont trouvé refuge.

Royaume absolu de la végétation où chaque instant est une lutte pour survivre, la jungle est l’un des plus parfaits exemples de la capacité de résilience de la nature. Ici, plantes à fleurs, arbustes, arbres, insectes, oiseaux et mammifères font preuve d’une imagination extraordinaire, résultat de millions d’années de perfectionnement. Un spectacle fascinant que nous avons à peine commencé à découvrir.

Malgré tout, même l’écosystème le plus performant a ses limites, et les jungles du monde sont de plus en plus poussées au-delà des leurs. Des paradis plus tout à fait vierges qui doivent absolument être préservés pour continuer à nourrir notre Terre d’une multitude de bienfaits.

Reportage gratuit de 45mn pour en savoir plus (sous-titré en français)

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