Qu’est-ce que la transition alimentaire ?

L’un des aspects principaux de notre consommation, c’est l’alimentation. Au quotidien, nous achetons, nous transformons, nous consommons, sans forcément réfléchir à la relation entre aliments et santé, ni au long processus par lequel les produits ont fait le tour du monde pour arriver jusqu’à nous. Faut-il repenser notre système alimentaire pour basculer vers un modèle plus durable ? Quelles sont les failles du système actuel et quels sont les enjeux de la transition alimentaire pour les populations mondiales ? Ce sont les questions que nous nous posons dans cet article et auxquelles nous allons tenter d’apporter quelques pistes de réponse.

Définition de la transition alimentaire

Pour bien comprendre ce dont il est question déjà, il faut savoir qu’un système alimentaire, c’est la façon dont les hommes s’organisent dans l’espace et dans le temps pour obtenir et consommer leur nourriture. Plus simplement, le terme fait référence aux différentes étapes, du processus de fabrication, de la production, à la transformation, la distribution, puis la consommation.

L’organisation de ces systèmes alimentaires joue un rôle déterminant dans le bon approvisionnement des zones urbaines où vivent aujourd’hui plus de 4 milliards d’individus. En contrepartie, les habitudes de consommation des citadins auront aussi un impact considérable sur les différents systèmes alimentaires. Et aujourd’hui, face au changement climatiques ou aux questions politiques, c’est tout l’équilibre de notre système industriel qui est fragilisé. 

Pour nourrir les 10 milliards d’habitants que comptera certainement la planète d’ici 2050, il n’y a qu’une seule solution. Nous devons transformer notre système alimentaire afin de le rendre durable et plus inclusif. Cela passe par la production de nourriture en quantité suffisante mais en privilégiant les ressources qui n’accélèreront ni la déforestation, ni les émissions de gaz à effet de serre. C’est ce qui est plus couramment appelé : la transition alimentaire. 

L’enjeu est de taille et le changement est à amorcer dès maintenant car notre système alimentaire en place est nettement arrivé au bout de ses limites.

Les limites de notre système alimentaire

On estime qu’en 2050, 66% de la population mondiale résidera en zone urbaine. La demande alimentaire promet donc de s’accroître, et chacun devra avoir accès à une alimentation saine et suffisante. 

Seulement voilà, notre modèle actuel est basé sur le profit d’une poignée de multinationales et il n’est plus en mesure de garantir le droit à l’alimentation de chaque citoyen. Pire encore, l’utilisation massive de produits toxiques à tous les stades de l’approvisionnement menace à la fois les populations et l’équilibre de l’environnement tout entier. Ce modèle vise avant tout à nourrir un maximum de personnes pour un minimum d’argent. Et pour y parvenir, forcément, il faut diminuer les coûts de production. 

Tout au long du processus, les aliments perdent ainsi en fibres et en nutriments. Le maïs par exemple est devenu la première plante cultivée au monde mais a abandonné dans le même temps une bonne partie de ses oligo-éléments. Et puis il s’est chargé de pesticides pour résister aux attaques des parasites. En contrepartie, les compléments alimentaires se sont fait une place dans nos supermarchés.

Autre problème, notre nourriture n’est plus assez diversifiée puisque 75% de l’alimentation mondiale s’axe autour de 5 espèces animales seulement et de 12 plantes différentes, parmi lesquelles le riz, le blé et le maïs dont nous parlions tout à l’heure. Trop gras, trop sucré, trop salé, le contenu de nos assiettes est facteur de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires. Une mauvaise alimentation, qui représente aujourd’hui, un taux de mortalité plus élevé que l’alcool, les drogues ou le tabac. Paradoxalement, 1,9 milliards d’habitants consomment trop à travers le monde, lorsqu’à l’inverse, 794 millions de personnes souffrent de la faim. 

Les désordres alimentaires s’observent tout particulièrement dans les pays industrialisés. On y constate que la malbouffe y triomphe encore, représentée par les chaînes de restauration rapide et les produits très transformés. Saturés de produits chimiques, pauvres en vitamines, les aliments y ont aussi une très forte teneur en calories. Mais ce sont des calories dites creuses car elles n’ont qu’une très faible valeur nutritive.

Et puis, une mauvaise alimentation a tendance à favoriser le surpoids. L’obésité est devenue la première cause de décès prématuré et évitable en France. Pire encore, l’industrie agroalimentaire a régulièrement recours aux acides gras trans pour conserver plus longtemps ses produits et les rendres plus fermes. Ces lipides, que l’on retrouve naturellement en petite quantité dans le lait ou la viande, ont pour conséquence directe d’augmenter le taux de mauvais cholestérol. Pourtant, en France, les industriels sont autorisés à ne pas les mentionner dans leurs ingrédients. 

Alors bien sûr, les européens que nous sommes ont encore accès à une alimentation relativement variée et en quantité suffisante, mais pour combien de temps encore ? 

D’autant que la malbouffe et la surconsommation, en plus de participer à l’épuisement des ressources, augmentent considérablement le gaspillage avec environ un tiers des aliments qui finissent à la poubelle. Soit 1,3 milliards de tonnes chaque année. 

Dans tous les cas, les déséquilibres de notre système alimentaire constituent un risque majeur pour l’environnement et le climat notamment. Depuis les années 50, la production de masse a connu un développement exponentiel au point qu’aujourd’hui, le secteur agroalimentaire constitue, à lui seul, la principale source de dégradation de l’environnement. 

Environ 25% des gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique proviennent de l’agriculture. Les pesticides utilisés pour éloigner les organismes nuisibles pénètrent dans les sols, dans l’air, dans les océans et impactent directement sur l’extinction de la biodiversité. 

Et dans le même temps, nous puisons sans fin dans les ressources naturelles. La déforestation se poursuit tandis que les masses d’eau s’épuisent. L’agriculture pompe aujourd’hui 70% des réserves d’eau douce de la planète et les deux tiers ont d’ores et déjà dépassé leur seuil de pollution.

Sans une action rapide, les objectifs fixés par l’accord de Paris visant à limiter à 2°C l’augmentation des températures mondiales d’ici la fin du 21e siècle pourraient ne pas être atteints. 

Un échange constructif entre les gouvernements, les producteurs, les consommateurs et les commerçants devient désormais indispensable pour définir ensemble les contours de nouveaux modes de production et de consommation. Dans le cas contraire, la tendance ne fera que s’accentuer avec l’évolution des populations.

Face à ce constat, la solution est de produire plus mais surtout de produire mieux. Comment nourrir l’ensemble des individus en préservant la santé et l’environnement ? Et bien de multiples alternatives sont déjà en marche.

Une transition alimentaire en cours

Pour les développer, des experts se sont penchés non seulement sur les conséquences des aliments sur la santé mais aussi sur les questions de la faim dans le monde ou de la protection de l’environnement. 

Parmi les solutions proposées pour défier la production industrielle actuelle, on retrouve par exemple dans les pays industrialisés un véritable essor de la permaculture qui cherche à recréer des écosystèmes. Ou encore de l’agriculture urbaine qui fait référence aux activités agricoles pratiquées directement en ville. Légumes, fruits, herbes aromatiques et fleurs poussent aujourd’hui sur les toits tout en réduisant à la fois les émissions de Co2 et les coûts de production. 

Dans les campagnes, certains agriculteurs tentent déjà de passer à une agriculture sans pétrole et puis d’autres, encore plus nombreux, ont réduit leur consommation d’énergie, d’engrais et de pesticides depuis plusieurs années. C’est ce que l’on appelle “l’agriculture biologique”. Le nombre de fermes biologiques, de marchés locaux et de circuits courts progresse de manière constante et l’idée a fait son chemin jusque dans la tête des consommateurs. Globalement, nous sommes tous un peu plus préoccupés par ce que nous mettons dans nos assiettes. 

On assiste aussi à l’apparition de mouvements inédits comme le locavorisme qui encourage à n’acheter que ce qui est produit dans un rayon de 100 à 250 km de chez soi ou encore le concept de souveraineté alimentaire. L’idée ici, c’est de permettre à chaque État ou groupe d’États de mettre en place les politiques agricoles les plus adaptées à chaque peuple. C’est un retour aux savoir-faire traditionnels sans nuire à la nature, tout en valorisant les produits locaux.

Finalement, les premières solutions alternatives sont plutôt nées des initiatives conjointes d’un ensemble de citoyens, d’associations de consommateurs, et d’instituts de recherche. Pour passer rapidement à la vitesse supérieure, la transition alimentaire devra s’effectuer à plus grande échelle, de manière officielle, à l’aide d’un engagement mondial sans précédent.

Des solutions pour aller plus loin

L’alimentation durable dont il est question est censée protéger notre santé, notre environnement et la diversité culturelle de la planète, mais aussi être viable sur le plan économique et social.

Pour subvenir aux besoins d’une population en pleine croissance, il faudra forcément produire davantage mais en tenant compte du dérèglement climatique et des conditions locales. Et pour limiter la pollution colossale de l’environnement par les déchets, ce sont les modes de production des pays à faible revenu et les modes de consommation des pays à revenu élevé, qui devront être repensés en profondeur.

Au carrefour de toute ces stratégies, l’agriculture écologique est déjà envisagée comme l’un des modèles agricoles de demain. À la différence de l’agriculture biologique qui refuse notamment l’utilisation de produits chimiques de synthèse, l’agriculture écologique va plus loin en s’adaptant au rythme de chaque écosystème, dans la limite des capacité de renouvellement de la terre. Elle promet par là une utilisation plus judicieuse des ressources, en s’inspirant de plusieurs théories tirées du monde agricole, de la science et de l’écologie. C’est ce que l’on appelle plus communément l’agroécologie.

En tenant compte du fonctionnement naturel des écosystèmes, l’agriculture écologique devrait permettre un taux d’exploitation optimal sans épuiser les ressources naturelles, tout en diminuant considérablement l’utilisation des produits toxiques et l’émission des gaz à effet de serre. Dans ce modèle, la biodiversité retrouve enfin pleinement sa place au centre de la chaîne de production. Les goûts et les qualités nutritionnelles de chaque aliment sont parfaitement préservés. 

Forcément, c’est excellent pour notre santé et mieux encore, cela permettra d’augmenter les rendements dans les régions les plus pauvres, le tout dans le respect de la nature.

Depuis quelque temps, on assiste au développement de ce nouveau modèle agricole un peu partout à travers le monde. Les petites et les grandes exploitations se lancent car finalement, l’agriculture écologique permet aussi de contrer les effets pervers de notre système actuel en assurant une sécurité financière et alimentaire aux petits producteurs.

Ce sont d’ailleurs les fondements du système alimentaire de demain. Privilégier la culture locale, s’affranchir des intérêts des multinationales, réfléchir à une distribution plus équitable des ressources. Et consommer tout en étant parfaitement informés de ce que nous mettons dans nos assiettes, pour prendre soin à la fois de notre santé et de l’environnement. 

À terme, on imagine pour l’Europe le retour à une certaine autonomie alimentaire basée sur la restauration des écosystèmes et l’utilisation exclusive d’énergies renouvelables. On parlera alors d’agriculture de réparation, ou d’agriculture solaire. Bien entendu, une transition de cette ampleur représente un chantier colossal en particulier pour les milieux ruraux. D’où la nécessité pour les élus, les opérateurs économiques, les distributeurs ou les consommateurs d’agir ensemble en faveur de cette transition, en réfléchissant par exemple à une multitude de systèmes agricoles que chacun pourra intégrer en fonction de ses besoins.

Des solutions à l’échelle individuelle

À l’échelle individuelle d’ailleurs, il est encore possible de prendre en marche la transition vers un développement durable. On parle généralement de développement durable pour désigner un système capable d’assurer les besoins des générations actuelles sans mettre en péril ceux des générations futures.  

Et du point de vue de la nutrition, cela passe par une meilleure compréhension de ce que l’on mange au quotidien. L’achat de produits peu transformés, la consommation de fruits et légumes de saison, la lecture des codes figurant sur les œufs. 0 désigne par exemple des œufs de poules bio et 3 fait référence aux œufs de poules élevées en cage. 

Pour aller plus loin, on pourra se lancer dans ses propres cultures, même si l’on ne possède pas un jardin. Les potagers autonomes trouvent leur place dans n’importe quel intérieur et n’ont besoin que d’un peu d’eau et de lumière pour être efficaces. D’un autre côté, un terrain est toujours utile car il permettra par exemple d’acquérir une ou deux poules qui mangeront volontiers les épluchures de fruits et de légumes en échange de quelques œufs frais. 

Et d’une manière générale, sans passer forcément au végétarisme, on tentera de diminuer sa consommation de viande, en particulier de viande rouge. À titre d’exemple, il faut environ 13 000 litres d’eau pour produire 1 kilo de bœuf, contre 50 litres seulement pour 1 kilo de légumineuses. S’ajoutent à cela la déforestation massive nécessaire à la production de viande et les conditions inhumaines d’élevage. Mutilations pour faciliter la cohabitation, productivité poussée à l’extrême, ce sont aujourd’hui 8 animaux sur 10 qui y sont confrontés.  Question d’éthique, on privilégiera la viande de qualité voire labellisée et si possible achetée en boucherie. 

Début 2019, 500 personnalités françaises ont d’ailleurs signé une tribune destinée à mettre en place un “lundi vert” visant à encourager les personnes à ne plus consommer ni viande ni poisson au moins une fois par semaine. Alors oui, la transition sera progressive mais 20 000 personnes et restaurants collectifs ont d’ores et déjà signé. Les crises sanitaires qui ont touché la France telles que le scandale de la vache folle dans les années 90 ou celui des lasagnes à la viande de cheval en 2013 y ont largement contribué.

Forcément, l’effort à fournir dépendra de chaque pays. Les populations européennes par exemple consomment 4,5 fois plus de viande rouge que la quantité recommandée alors que les pays d’Asie du Sud sont encore en-dessous de la quantité définie. Afin de garantir une juste répartition des ressources, certaines régions devront donc veiller à améliorer leurs régimes alimentaires avec des produits d’origine animale. L’élevage conserverait un rôle essentiel au sein des systèmes agricoles mais nos modes de production et de consommation seraient intégralement revus.

Et puis, basculer vers un système alimentaire plus éco-responsable, c’est enfin lutter activement contre le gaspillage alimentaire dont la gestion libère d’importantes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ce qui contribue ensuite encore un peu plus aux changements climatiques, à l’épuisement des ressources naturelles et à la destruction de la biodiversité.

L’avenir de notre système alimentaire

Pour conclure, il est important de se souvenir que l’alimentation est indispensable à notre existence. Et si des efforts commencent à être faits au niveau industriel, il nous appartient à tous de faire le choix d’une alimentation plus responsable à l’échelle individuelle. 

Un régime équilibré idéal reposera sur la cuisine faite maison à partir de fruits, de légumes et de légumineuses soigneusement choisis pour leurs apports nutritionnels, leur origine et leur mode de production. On y incluera, de manière cohérente, des glucides, des lipides et des protéines de qualité qu’on retrouvera notamment avec un peu de poisson, de la viande rouge une fois par semaine, de la volaille ou encore des oeufs et produits laitiers, sans tomber dans l’excès. De quoi faire le plein au quotidien des nutriments essentiels tels que le calcium, le fer ou les différentes vitamines. 

Pas le temps de cuisiner ? Certaines alternatives existent. Un nombre croissant de bons restaurants proposent désormais la livraison par vélo. Et puis, la tendance du batch cooking gagne du terrain, en proposant de cuisiner l’ensemble de ses plats pour la semaine, en seulement deux heures chaque week-end. 

L’idée finalement, c’est d’éviter au maximum les plats industriels tout prêts, généralement saturés en conservateurs et pauvres en nutriments. Mais aussi de réintégrer l’art de manger sainement au sein de notre mode de vie : c’est le concept de la healthy food. 

Conséquence directe : on assiste aujourd’hui à une véritable prise de conscience collective avec de plus en plus de restaurants tournés vers l’éthique et l’éco-responsable. On pourra notamment prendre le temps de les découvrir, pour soutenir l’économie locale. 

Peut-être verrons-nous apparaître une multitude de systèmes encore plus personnalisés et mieux adaptés. L’aménagement des villes lui-même pourra être repensé pour privilégier les circuits courts. Là, les producteurs pourront aussi devenir transformateurs et distributeurs, ce qui évitera les dépenses et les intermédiaires superflus.

Dans tous les cas, la transition alimentaire vers un système plus sain et durable est l’affaire de tous les citoyens. La mise en place pérenne d’un nouveau modèle de société ne doit pas s’envisager comme une simple crise mais par le biais d’une vision à long terme. C’est en travaillant ensemble, en confrontant des approches parfois différentes et en agissant chacun à notre niveau que le changement pourra s’effectuer en douceur et dans la bonne direction. 

Adoptées à l’échelle mondiale, les solutions proposées pourraient mettre un terme à la surproduction et à la surconsommation auxquelles nous avons trop longtemps été habitués, et offrir à toute l’humanité une alimentation saine et suffisante. 

À chacun désormais d’agir pour faire de l’alimentation ce qu’elle a toujours été censée être : une source de plaisir, de santé et de vie, tout simplement. 

Et grâce à Internet, les choses n’ont jamais été aussi simples. L’accès aux informations nutritionnelles se fait en quelques clics et de nouveaux blogs culinaires continuent d’apparaître jour après jour. On y découvre notamment des versions revisitées de nos plats du quotidien mais aussi des recettes inédites préparées à partir d’ingrédients parfois peu ou mal connus. 

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