La pollution de l’air

L’idée derrière l’écologie c’est de comprendre l’équilibre fondamental entre l’Homme et la nature, puisque c’est au cœur même des écosystèmes naturels que nous puisons la nourriture, les soins, les matériaux destinés à répondre à nos besoins essentiels.

Qu’il s’agisse de la régulation du climat, de la purification de l’eau, ou bien de la pollinisation si essentielle aux cultures, nos sociétés se sont bâties depuis toujours en lien étroit avec une infinité d’espèces animales et végétales. Pourtant, alors que la pollution plastique ou le réchauffement planétaire sont devenus des évidences, il est une menace presque invisible dont les effets sont déjà significatifs sur la santé et l’environnement. C’est la pollution de l’air, et elle constitue aujourd’hui l’un des principaux sujets de préoccupation environnementale.

De quoi se compose t-elle ? Quelles en sont les conséquences ? Comment maintenir des seuils acceptables ? C’est ce que nous allons essayer de comprendre dans ce nouvel épisode.   

Qu’est-ce que la pollution de l’air ?

Pour commencer, l’air fait partie des grands éléments fondamentaux qui rendent notre planète si unique. Il se compose en grande partie d’azote et d’oxygène, mais également d’autres gaz plus rares, dans des proportions nettement inférieures. Ce qu’il faut savoir, c’est que hormis en laboratoire, un air parfaitement pur n’existe pas, même dans les régions les plus reculées et les plus sauvages. Les forêts, les zones humides, les volcans émettent tous des particules polluantes depuis la nuit des temps. Mais jusque-là, rien de très inquiétant.

On parle plutôt de pollution de l’air pour désigner les émissions massives de gaz ou de particules liées aux activités humaines, pour le transport ou l’industrie notamment. On distingue généralement les polluants dits primaires, rejetés directement par l’Homme tels que le dioxyde de carbone, de soufre ou les métaux lourds, et les polluants secondaires. Ceux-ci se forment plutôt par la réaction des polluants entre eux dans l’atmosphère. L’ozone par exemple provient de la transformation de l’oxygène face à d’autres gaz et avec une température élevée. Considéré comme dangereux une fois dans l’atmosphère, c’est aussi l’ozone qui, en se mélangeant avec les polluants issus de l’activité humaine, donnera naissance à ce que l’on appelle communément le smog. Un brouillard brunâtre très nocif que l’on voit parfois stagner au-dessus des grandes villes comme Paris. 

Une fois émis dans l’air, ces gaz polluants seront poussés sous l’effet du vent ou de la pluie, parfois jusqu’à des milliers de kilomètres de leur source d’émission. On parlera de pollution atmosphérique à partir du moment où la part de particules par mètre cube d’air dépassera un certain seuil. Le problème, c’est que les émissions humaines sont telles au quotidien que le phénomène est de plus en plus fréquent. 

Histoire

Rien à voir avec les pollutions dont parlaient les générations qui nous ont précédées. Le philosophe romain Sénèque se plaignait déjà de l’air pollué de Rome durant l’Antiquité tandis qu’au XIIIème siècle, à Londres, le Parlement interdisait la combustion de charbon qui occasionnait des nuisances. 

Plus tard, avec la Révolution Industrielle, les brouillards et les fumées se multiplient dans les grandes villes et leurs effets sur la santé se font déjà ressentir. Les combustibles fossiles tels que le charbon et le pétrole entraînent des pollutions de l’air mais aussi de l’eau et des sols à tous les stades de leur exploitation. À cela s’ajouteront aussi les rejets chimiques et nucléaires dès les années 60. Au final, les polluants de l’air sont aujourd’hui si nombreux qu’il est pratiquement impossible de définir l’impact réel de chacun d’entre eux.  

Les chiffres

Et de manière globale, nous observons déjà leurs effets néfastes à travers deux manifestations principales. L’effet de serre d’une part, dû à une trop forte concentration de certains gaz et qui participe au réchauffement climatique. Et d’autre part, la destruction de la couche d’ozone pourtant indispensable à la vie sur Terre et sans laquelle nous nous exposons dangereusement aux rayons ultraviolets du soleil. 

En revanche, ce que l’on sait moins, c’est que la pollution atmosphérique tue chaque année près de 5,5 millions de personnes à travers le monde, ce qui fait d’elle le quatrième facteur de décès prématuré sur Terre. En France, elle est même le troisième, juste derrière le tabac et l’alcool avec environ 48 000 morts par an ce qui correspond à 9 % de la mortalité de notre pays. Il faut dire que nous inhalons chaque jour en moyenne 15 000 litres d’air et avec lui une multitude de particules microscopiques qui se diffuseront dans notre sang puis dans nos organes. 

Loin de montrer des signes d’amélioration, on constate plutôt que les concentrations de polluants atmosphériques se sont aggravées entre 2010 et 2016 dans près de 70 % des villes de la planète, en particulier dans les pays à faible revenu. Et pour la France, la note est plutôt salée puisque la mauvaise qualité de l’air engendre chaque année un coût total de 100 milliards d’euros, en grande partie lié aux dépenses de santé.

Les causes de la pollution de l’air

Première cause du phénomène, les transports et notamment le trafic routier du quotidien. Par les pots d’échappement, l’usure des pneus et des freins, la climatisation ou le revêtement des voies, nos véhicules rejettent des particules fines et des gaz plus polluants encore que ceux émis par les centrales thermiques. Avec l’ozone et le dioxyde d’azote, les particules fines composées de nitrates et de carbone notamment comptent parmi les polluants atmosphériques les plus préoccupants puisque leur taille microscopique leur permet de rester en suspens dans l’air, et de s’infiltrer très profondément dans les poumons. 

Le trafic routier est particulièrement problématique dans les zones urbaines, où près de 40 % des trajets effectués en voiture font moins de 3 km. Entre les arrêts, les redémarrages fréquents et la surconsommation de carburant lorsque le moteur est encore froid, les trajets courts sont en effet 2 fois plus polluants qu’un itinéraire plus long. Et puisque les gaz se déplacent, la pollution générée à un certain endroit pourra facilement avoir des effets néfastes sur un autre point de la planète.

Par exemple, le dépôt provenant de la voie des airs est maintenant la principale source de mercure dans les lacs, les sols et la végétation du Canada. Il ne faut pas oublier que les avions contribuent à la pollution de l’air plus encore que les autres moyens de transport, malgré de gros progrès constatés ces dernières années. Ils consomment en effet plus de carburant par kilomètre et rejettent leurs gaz toxiques directement dans les couches supérieures de l’atmosphère.  

Autre cause de la dégradation de la qualité de l’air, le chauffage résidentiel au bois ou au charbon qui se révèle extrêmement nocif selon les performances du dispositif utilisé. Chaque hiver en Haute-Savoie, dans la vallée de l’Arve, les émissions issues de la combustion de bois génèrent une telle quantité de particules fines que la région s’est fait connaître comme la «vallée la plus polluée de France». Le bois a beau être un matériau naturel, sa combustion entraîne pourtant l’émission de nombreux gaz potentiellement toxiques pour la santé, dont le monoxyde de carbone. 

S’ajoutent aussi les poussières et les rejets gazeux émis par les industries, l’incinération des déchets, les centrales thermiques, ou les divers pesticides et engrais utilisés pour l’agriculture qui sont responsables de 97 % des émissions d’ammoniac. 

Autant de sources différentes qui agissent ensemble pour cumuler leurs effets nocifs. On parle alors de pollution combinée. Plus préoccupant encore, l’air pollué ne s’attaque pas seulement à nos voies respiratoires. Il contamine aussi l’eau, les sols, la végétation, les fruits, les légumes et les animaux que nous consommons. 

Les conséquences de la pollution de l’air

Puisqu’elles vivent fixées au sol, les plantes y sont d’ailleurs particulièrement sensibles. La pollution atmosphérique agit sur la photosynthèse ce qui limite leur croissance et leur résistance face à certains agents infectieux. Des taches brunes apparaissent parfois sur les feuilles des arbres et l’on constate par endroits le dépérissement progressif des forêts. 

Le problème comme nous le savons, c’est que le monde végétal est à la base de tous les écosystèmes terrestres et aquatiques. Et puisque les plantes participent largement à purifier l’air que nous respirons, leur dégradation ne pourra faire qu’accentuer le phénomène. C’est quelque chose que l’on observe aussi avec le réchauffement planétaire. Les polluants atmosphériques aggravent la hausse des températures et en contrepartie, le réchauffement climatique multiplie la présence de particules dans l’air en favorisant les incendies et les sécheresses. 

Ces particules, tout comme certains gaz présents dans l’air, auront aussi tendance à se diluer dans l’eau et à se transformer en acide carbonique. Les pluies, les neiges, les brouillards deviennent alors acides et participent au déséquilibre des sols et des cours d’eau. Face à la dégradation de leur habitat naturel, certaines espèces ne peuvent plus survivre et l’on assiste alors à un véritable appauvrissement de la biodiversité. 

Dans ces conditions, impossible pour la chaîne alimentaire d’y échapper. Les animaux inhalent sans le savoir bon nombre de ces polluants et leur concentration ne fera que s’accentuer lorsque ces mêmes animaux se feront manger par d’autres animaux. À terme, ce sont les prédateurs situés en haut de la chaîne alimentaire qui deviennent les plus vulnérables comme l’ours, l’aigle et l’Homme bien entendu. Comme toujours, ce qui nuit à certaines espèces nuira forcément aux autres. 

Mais le danger ne se situe pas uniquement au niveau alimentaire. La pollution de l’air a tendance à fragiliser les voies respiratoires et donc à favoriser les allergies au pollen, les crises d’asthme, les cancers du poumon ou les maladies des bronches. De nombreux problèmes de peau, de vision, de développement, de maladies du sang ou de pathologies cardiaques ont également été reliés à la pollution atmosphérique. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, celle-ci serait d’ailleurs responsable d’un AVC mortel sur trois dans le monde. 

L’exposition même à court terme provoque potentiellement des irritations du nez et de la gorge, mais c’est surtout l’exposition à long terme qui est à redouter et qui causera des dommages importants sur la santé, notamment auprès des personnes plus vulnérables. Les femmes enceintes, les jeunes enfants dont l’organisme est encore en développement, les personnes âgées ou celles cumulant certains facteurs de risque comme le tabagisme, le diabète ou diverses formes d’affections neurologiques, cardiovasculaires et respiratoires. 

Quant à nos villes, elles ne s’en sortent pas vraiment mieux. La quantité de gaz environnants dépasse régulièrement les seuils recommandés. C’est ce que l’on appelle un pic de pollution. Et ces polluants atmosphériques attaquent les façades et les matériaux de construction par des salissures, et des actions corrosives. 

La pollution intérieure

Car non, la pollution de l’air ne se limite pas à l’extérieur. Les gaz polluants nous suivent jusqu’à l’intérieur de nos maisons et se mélangent aux particules que libèrent déjà nos meubles, nos équipements ou les colles, les vernis et les peintures utilisées pour la décoration. Les choses se poursuivent encore lorsque nous faisons le ménage, la cuisine, lorsque nous recevons du monde ou que nous prenons le temps de bricoler. De manière générale, pratiquement tout est source de pollution d’une façon ou d’une autre. Dans les meubles, les tapis ou les oreillers se cachent aussi des êtres microscopiques, les acariens, que nous respirons avec la poussière sans nous en apercevoir et qui participent largement à la pollution de l’air intérieur. Ajoutez enfin les moisissures dues à l’humidité dans certaines habitations, et vous obtenez un air saturé de particules et de substances de toutes sortes. 

Au total, pour la seule zone Europe, l’OMS estimait en 2012 à 600 000 le nombre de décès liés à la pollution de l’air dont 117 200 sont dus à celle de l’air intérieur. Il faut dire que nous passons environ 80 % de notre temps dans des espaces confinés comme la maison, le lieu de travail, l’école ou bien les transports. Des espaces confinés qui incluent aussi l’habitacle de notre voiture où le taux de concentration des gaz polluants peut être 4 à 5 fois supérieur par rapport à l’extérieur. Avec en plus, la présence de substances chimiques tirées des revêtements intérieurs. 

Solutions au niveau politique

Malheureusement, les actions ont tardé à se mettre en place mais une certaine forme de cohésion commence à émerger entre les pays, les organisations non gouvernementales, les citoyens et même les entreprises. Dans les années 80 et 90, les États-Unis sont parvenus à diminuer les concentrations de particules fines dans l’air et ont ainsi regagné en moyenne 7 mois d’espérance de vie. D’un autre côté, à Tokyo, des mesures anti diesel instaurées dès 1999 ont aidé à faire diminuer la mortalité respiratoire de 22 %.  

Au niveau européen, des normes strictes ont été établies afin de surveiller la qualité de l’air, de respecter les normes fixées et de proposer des actions concrètes dans les zones les plus sensibles. La limite annuelle moyenne pour les particules fines a ainsi été fixée à 25 microgrammes par mètre cube, ce qui reste malgré tout 2,5 fois supérieur aux recommandations de l’OMS. 

En France, dès 1996, c’est la Loi sur l’Air et l’Utilisation Rationnelle de l’Énergie qui s’est chargée de définir les objectifs à atteindre. Elle s’est accompagnée de 3 plans d’État encore en vigueur aujourd’hui : 

  • Le Plan de déplacements urbains, qui détermine l’organisation du transport des personnes et des marchandises.
  • Le Plan de protection de l’atmosphère, qui détermine les mesures à prendre dans les agglomérations de plus de 250 000 habitants ou en cas de risque sanitaire.
  • Et enfin le Plan Régional de la qualité de l’air, destiné à tenir l’inventaire des émissions de polluants et à prendre les mesures de prévention nécessaires. Le dernier en date a été adopté en 2017 et a fixé les objectifs de réduction à atteindre à l’horizon 2020, 2025 et 2030.

En parallèle, de nombreux autres projets ont vu le jour sur notre territoire au cours de ces dernières années. En cas de pic de pollution par exemple, le principe de circulation alternée est appliqué tandis que dans certaines communes, des zones à circulation restreinte n’autorisent l’accès qu’aux véhicules les moins polluants, désignés par une vignette.

Pour contrer les émissions de polluants liées aux industries, l’État a aussi instauré une réglementation spécifique. Depuis 1999, les entreprises les plus polluantes sont contraintes de payer la taxe générale sur les activités polluantes. C’est le principe du pollueur-payeur. 

Dans leur globalité, tous ces projets s’appuient sur un système national de surveillance de la qualité de l’air. C’est lui qui, en partenariat avec de nombreux laboratoires, analyse la composition de l’atmosphère sur des zones données et fournit les données au quotidien.

Alors bien sûr, beaucoup reste encore à faire pour améliorer durablement la qualité de l’air et de nombreux projets sont encore à l’étude ou bien déjà déployés dans certaines communes. Il est question par exemple de favoriser les trajets en vélo en milieu urbain, de limiter le recours aux engrais et aux pesticides dans l’agriculture, ou encore de rénover le parc industriel français de manière à améliorer les performances énergétiques de chaque installation.

La Journée Nationale de la Qualité de l’Air, qui se déroule chaque année le troisième mercredi de septembre, est justement l’occasion de faire le point sur les actions effectuées et sur les développements à venir.

Solutions au niveau individuel

Et comme toujours, c’est aussi à la maison ou à l’extérieur, de manière individuelle, que se mettent en place d’autres actions indispensables.

Puisque le trafic routier pèse lourd dans la pollution atmosphérique, on privilégiera le vélo ou la marche lorsque c’est possible, et de préférence loin des axes très fréquentés. En cas de trajet plus long, le covoiturage ou les transports en commun restent des alternatives. Et si vraiment il est impossible de ne pas prendre sa voiture, on veillera à laisser circuler l’air et à adopter une conduite souple, moins polluante.

À la maison, on opte pour des produits naturels pour le ménage ou au jardin, on aère les pièces en dehors des heures de pointe et l’on s’équipe d’un chauffage performant et moins polluant. Bien sûr, une habitation bien isolée diminuera les besoins en chauffage.

Durant les courses, on soutient les entreprises responsables ou locales dont les produits n’ont pas besoin de parcourir la moitié de la planète. Et quand vient l’heure de gérer nos déchets, on pense au compostage pour tout ce qui est organique de manière à limiter le travail des déchetteries et des incinérateurs. Cela permettra en plus de fortifier nos sols. 

Conclusion

Rien de compliqué ni de très long à mettre en place finalement, mais des petits gestes qui n’en restent pas moins fondamentaux. Avec 47 millions d’habitants français soumis quotidiennement à la pollution, et une perte d’espérance de vie de 15 mois en moyenne pour les villes de plus de 100 000 habitants, la lutte contre la pollution de l’air est l’un des principaux enjeux sanitaires mais aussi environnementaux et économiques de notre temps. Les industries jouent forcément ici un rôle de premier plan en investissant massivement dans des solutions nouvelles qui leur permettront de réduire leurs émissions de polluants sans nuire à leur croissance.

Ce qui reste encourageant, c’est que le bilan atmosphérique de la France montre des signes d’amélioration depuis quelques années. Les actions payent, et les effets positifs sont visibles en très peu de temps. Dans l’hémisphère Sud du globe, le changement des modes de comportement, associé à des conditions climatiques favorables, permet au trou de la couche d’ozone de se résorber progressivement. En 2019, sa superficie a même été la plus petite jamais enregistrée depuis sa formation. Pourtant, rien n’est encore gagné. L’environnement et la santé entretiennent un lien très étroit et l’amélioration de la qualité de l’air nous concerne tous. À nous d’accompagner les changements en cours en travaillant ensemble pour réduire notre empreinte et ainsi prendre soin de notre planète tout comme elle le fait en retour.

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