Le nasique, un acrobate hors pair face à la déforestation

Le nasique, un acrobate hors pair face à la déforestation

Le nasique est un singe arboricole endémique de l’île de Bornéo, reconnaissable à certains traits distinctifs de son anatomie. Un ventre bien rond, qu’il doit à certains végétaux difficiles à digérer, mais surtout un appendice nasal étonnamment long, au point qu’il recouvre totalement la bouche des spécimens mâles adultes. 

Sociable et plutôt diurne, le Cyrano des primates n’emprunte que rarement les sentiers forestiers, préférant les branches des arbres à travers lesquelles il se déplace comme un véritable casse-cou. Mais la déforestation fait rage sur l’île de Bornéo. Un recensement datant d’il y a quelques années, faisait état d’une population estimée à seulement 7000 nasiques.

  • Apparence : pelage brun-roux, nez long et mou recouvrant la bouche des mâles âgés
  • Longueur du corps : 53 à 76 cm
  • Longueur de la queue : 55 à 76 cm
  • Poids : 10 à 24 kg
  • Longévité : 20 à 25 ans  
  • Distribution : Île de Bornéo, étendue à travers la Malaisie, l’Indonésie et le sultanat de Brunei 
  • Régime alimentaire : feuilles, fruits

Zones de répartition naturelle du nasique

Le nasique se rencontre à travers différents habitats de l’île de Bornéo, dans les régions côtières, les forêts de mangroves ou les forêts humides de plaine, toujours à proximité d’un point d’eau douce. Dans les îles Pagaï, en Indonésie, vit aussi une sous-espèce de nasique, dépourvue cette fois du nez particulier de son cousin.

Pourquoi les nasiques sont-ils en voie de disparition ?

Reconnu comme plutôt lent, le nasique doit faire face à de nombreux prédateurs naturels tels que les crocodiles, les léopards et même les pythons. Ce sont toutefois les pressions humaines que sont le braconnage et la déforestation qui ont fait basculer l’espèce parmi les animaux menacés.

La déforestation

Le nasique est essentiellement menacé par la disparition des forêts qu’il occupe, tout comme l’est également l’orang-outan de Bornéo qui partage son habitat. La déforestation galopante au profit de la culture de palmiers à huile, de l’industrie du bois ou du développement urbain a déjà entraîné la disparition de 30% des forêts de l’île, en moins d’un demi-siècle. 

L’Indonésie n’en reste pas moins l’un des principaux producteurs d’huile de palme au monde, et la culture sur brûlis pratiquée massivement entraîne des dégâts considérables sur la végétation. Le nasique aurait déjà décliné de 50% en l’espace de quelques décennies. Et les populations restantes, réparties à travers un territoire fragmenté, sont désormais forcées de parcourir des distances toujours plus importantes à la recherche de nourriture.

Le braconnage

Le mode de vie particulièrement lent du nasique en a rapidement fait une proie privilégiée pour les chasseurs. Si le nasique est un excellent nageur et peut rester en apnée de longues minutes sous l’eau en cas de danger, la multiplication des routes et des véhicules à moteur le rend vulnérable comme jamais auparavant.

Amorcé autour des années 1980 avec la diffusion des armes à feu à travers l’île de Bornéo, le braconnage a diminué depuis sans qu’aucune mesure ne parvienne encore à y mettre un terme définitif. 

Et pourtant, le nasique est une espèce protégée sur toute son aire de répartition. Listée sur l’Annexe I de la CITES, l’espèce est aujourd’hui strictement encadrée par le gouvernement de Bornéo qui en interdit la capture. Ce qui ne dissuade pas encore totalement les braconniers. 

En parallèle, de nombreux sanctuaires naturels ont vu le jour à travers l’île, avec l’idée d’offrir un cadre de vie sûr et préservé aux populations restantes du primate. Des sanctuaires encore trop dégradés pour être réellement bénéfiques au nasique sur le long terme, mais qui devraient profiter à l’avenir du vaste projet de reforestation prévu à travers l’île de Bornéo.