Le dugong est le seul représentant vivant de la famille des Dugongidae, l’un des quatre siréniens encore présents sur Terre. Paisible mammifère herbivore aux allures de manatee, il aurait inspiré la légende des sirènes aux marins qui l’apercevaient de loin allaitant son petit à la surface.
Le dugong passe l’essentiel de sa vie dans les herbiers peu profonds des côtes tropicales de l’Indo-Pacifique, où il broute jusqu’à 40 kilos de plantes par jour. Sa reproduction extrêmement lente, avec un seul petit tous les trois à sept ans, en fait une espèce particulièrement vulnérable à la moindre pression sur son habitat ou à la mortalité accidentelle dans les filets de pêche côtiers.
Le dugong peuple une vaste bande côtière tropicale qui s’étend de l’Afrique de l’Est à l’Australie du Nord, en passant par la mer Rouge, le golfe Persique, l’océan Indien, l’Asie du Sud-Est et la Mélanésie. Ses plus importantes populations se trouvent aujourd’hui autour de l’Australie, qui abrite environ 80 % des effectifs mondiaux, tandis que celles d’Asie du Sud-Est ont sévèrement décliné au cours du XXe siècle.
Le dugong recherche les herbiers côtiers peu profonds, à moins de 20 mètres, et ne s’éloigne jamais durablement des zones abritées.
Classé vulnérable par l’UICN, le dugong voit ses populations décroître presque partout en dehors de l’Australie, qui abrite aujourd’hui environ 80 % des effectifs mondiaux. Sa dépendance stricte aux herbiers marins côtiers et sa reproduction extrêmement lente en font une espèce particulièrement exposée aux activités humaines.
Certaines populations historiques d’Asie du Sud-Est, notamment aux Philippines et en Thaïlande, ont presque totalement disparu en quelques décennies, sans qu’une restauration spontanée ait été observée malgré les protections mises en place.
Les herbiers de Cymodocea, Halodule et Thalassia, principale ressource alimentaire du dugong, subissent une érosion rapide due au dragage portuaire, à la pollution côtière et à la sédimentation liée à la déforestation des bassins versants. Un herbier détruit met plusieurs décennies à se reconstituer, s’il se reconstitue.
Les cyclones tropicaux, dont l’intensité augmente avec le réchauffement climatique, arrachent régulièrement des surfaces considérables d’herbiers, privant les dugongs de leur nourriture pendant des années après chaque épisode.
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Les filets dérivants côtiers, très utilisés dans le sud-est asiatique, capturent chaque année plusieurs centaines de dugongs. Incapable de rester longtemps sous l’eau sans respirer, l’animal piégé meurt rapidement par noyade. Les filets à requins installés à proximité des plages fréquentées aggravent encore cette mortalité accidentelle.
Les collisions avec les bateaux à moteur, fréquentes sur les côtes touristiques, constituent également une cause significative de mortalité, facilement évitable par une simple limitation de vitesse dans les zones sensibles.
La pollution agricole, les rejets industriels et les microplastiques contaminent les herbiers côtiers. Les dugongs, qui ingèrent jusqu’à 40 kilos de végétation par jour, accumulent des doses importantes de polluants qui affectent leur reproduction et leur système immunitaire.
Les épisodes de marée rouge liés à l’eutrophisation des eaux côtières provoquent par ailleurs des mortalités massives dans certaines régions, en tuant à la fois les herbiers et leurs brouteurs.
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Avec une seule naissance tous les trois à sept ans et une maturité sexuelle tardive autour de dix ans, la démographie du dugong ne permet aucune compensation des pertes adultes. Chaque animal tué par accident ou par la pêche représente une atteinte durable à la population locale.
Les études génétiques montrent par ailleurs que plusieurs populations régionales sont aujourd’hui trop isolées pour échanger des gènes, ce qui augmente le risque de dérive génétique et de consanguinité.
Dans quelques régions reculées, le dugong est encore chassé pour sa viande, sa graisse et ses os, perçus comme des matériaux traditionnels de valeur. Bien que marginale à l’échelle mondiale, cette pression s’ajoute aux autres menaces sur des populations déjà fragilisées.
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La protection stricte des herbiers marins, la régulation de la pêche côtière et la surveillance des zones de concentration restent les seuls leviers efficaces pour enrayer le déclin de cette espèce emblématique.
Les programmes de restauration des herbiers marins, encore expérimentaux, visent à replanter des zones dégradées à partir de pousses prélevées dans des herbiers sains. Ces initiatives, coûteuses mais prometteuses, pourraient à terme permettre de reconstituer partiellement l’habitat perdu.