L’hippocampe, des océans aux échoppes touristiques

L’hippocampe, des océans aux échoppes touristiques

L’hippocampe, ou cheval de mer, est une espèce de poisson dépourvu d’écailles dont l’aspect particulier et le mode de reproduction ne cessent d’étonner. Au terme d’une gestation de deux à trois semaines, c’est le mâle qui donnera naissance à quelques centaines de petits déjà complètement formés.

En dépit d’excellentes techniques de camouflage, l’animal est forcé de fournir de gros efforts pour se déplacer et subit de plein fouet la dégradation de son habitat et la surpêche, dans les eaux tempérées et tropicales du globe.

  • Apparence : anneaux osseux répartis le long du dos, nage à la verticale grâce à une nageoire dorsale, couleurs variables
  • Longueur du corps : de 22 mm à 36 cm
  • Poids : de 10 à 15 grammes
  • Longévité : de 2 à 4 ans
  • Distribution : en mer ou près des côtes, dans les eaux tropicales à tempérées jusqu’à 30 mètres de profondeur
  • Régime alimentaire : krill, crevettes et petits crustacés

Zones de répartition naturelle de l’hippocampe

Strictement marines, les différentes espèces d’hippocampes occupent des aires très larges à travers les océans avec une préférence marquée pour les zones de courant chaud. Les prairies sous-marines littorales, les herbiers marins et les champs d’algues rocheuses constituent notamment des lieux de refuge idéaux en offrant abri et nourriture en abondance. Plutôt mauvais nageur, l’hippocampe appréciera volontiers de s’accrocher à la végétation grâce à sa queue préhensile le temps de prendre un peu de repos.

Pourquoi les hippocampes sont-ils en voie de disparition ?

Pollution marine, réchauffement climatique, pêche destructrice pour les écosystèmes marins… L’hippocampe n’échappe pas aux menaces qui pèsent déjà sur des centaines d’autres espèces de poissons mais doit également composer avec un braconnage massif qui vide chaque année les océans de plus de 20 millions d’individus. De quoi perturber en profondeur les écosystèmes associés, l’hippocampe étant à la fois proie et prédateur et constituant un maillon essentiel des milieux qu’il occupe.

Braconnage et commerce illégal

La surpêche et le commerce illégal d’hippocampes sont alimentés aujourd’hui de plusieurs façons.

La médecine traditionnelle chinoise tout d’abord leur confère de prétendues vertus censées traiter l’asthme, les douleurs et les dysfonctionnements sexuels. L’animal est alors réduit en poudre et proposé en gélules dans le cadre d’un marché noir en pleine expansion, que l’on retrouve jusqu’au Japon et en Corée. 

Avec son physique osseux particulier qui lui permet de ne pas se détériorer même une fois mort, l’hippocampe est aussi un souvenir de choix pour les touristes. Abandonné au soleil pour s’y dessécher, l’animal sera ensuite proposé sur les étals des échoppes touristiques en guise de porte-bonheur typiquement local.

Capturés illégalement pour le commerce d’animaux de compagnie enfin, rares sont les individus à supporter la captivité. Leur durée de vie s’en trouve alors considérablement réduite.

Dégradation des habitats naturels

Habitué aux zones peu profondes, l’hippocampe est un véritable indicateur du bon état écologique des eaux. Les zones littorales étant plus exposées aux dégradations et aux pollutions du bassin versant, les habitats naturels tendent à s’y réduire et avec eux les populations initiales d’hippocampes. 

Les milieux que fréquente l’espèce, herbiers marins, mangroves, récifs coralliens, sont d’ailleurs tout particulièrement sensibles aux perturbations humaines qui ne leur laissent pas le temps de s’adapter aux nouveaux changements. 

Pêche accidentelle

Plus d’un quart des hippocampes braconnés sont finalement relâchés à l’eau soit déjà morts soit très affaiblis, car ne correspondant pas aux critères de sélection. Beaucoup d’autres se retrouvent par erreur dans les filets monumentaux destinés aux crevettes ou à d’autres espèces de poissons.

Quant à la pêche à l’explosif toujours en cours bien qu’illégale, elle continue de constituer une menace de taille pour les fragiles écosystèmes marins et est responsable chaque année d’une part non négligeable des décès observés parmi les populations d’hippocampes.

Perturbations humaines

Bien que très discret, l’hippocampe n’est pas un animal difficile à atteindre par les plongeurs même peu expérimentés et les lieux qu’il fréquente accueillent parfois d’importants regroupements touristiques. Un même individu pourra ainsi entrer en contact avec plusieurs centaines d’Hommes par an, ce qui ne sera pas sans conséquence pour la tranquillité et la stabilité de l’espèce dans un milieu donné.

Aussi observe t-on désormais un déclin de l’espèce qui lui vaut notamment d’être inscrite à l’Annexe II de la CITES, indiquant la nécessité d’un commerce étroitement contrôlé. En parallèle, de nombreux pays ont pris part à divers programmes de protection des hippocampes destinés à garder un œil sur leur croissance et sur l’état de conservation de leur environnement. La France notamment y participe activement.