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Proposé pour la première fois en 1980 par le biologiste Thomas Lovejoy, le concept de diversité biologique, ou biodiversité, est plutôt récent. Elle est pourtant apparue voilà plusieurs milliards d'années avec la vie sur Terre, et s'est progressivement façonnée, modifiée au fil des millénaires, pour prendre le visage que nous connaissons aujourd'hui.
La biodiversité, c'est la diversité du vivant sur notre planète. Ce sont les multiples espèces végétales et animales dont nous faisons partie, avec leurs spécificités, leurs interactions entre elles et avec leur environnement. Des interactions qui permettent un échange continu de matière et d'énergie entre les différents constituants d'un même écosystème, et ainsi le maintien d'un équilibre dynamique dans le temps.
Entièrement dépendante de la variété des espèces qui la constituent, la richesse de la biodiversité est essentielle à la résilience des milieux naturels terrestres, marins ou aquatiques mais aussi à nos sociétés humaines qui profitent au quotidien de ses nombreux services. Depuis 1992 et le sommet de la Terre de Rio de Janeiro, sa préservation est devenue l'un des axes majeurs du développement durable.
Notre planète accueille une diversité biologique époustouflante. Environ 1,7 millions d'espèces de plantes, d'animaux et de champignons ont actuellement été recensées, mais l'on estime qu'il pourrait en exister jusqu'à une centaine de millions. Et le chiffre grimpe à quelques milliards en prenant en compte les bactéries. Une seule cuillerée de terre en contient déjà 10 000 à 50 000 types différents.
Face à une variété aussi colossale, et pour faciliter la recherche, la biodiversité est généralement découpée en trois niveaux bien distincts.
Il s'agit de la diversité du patrimoine génétique au sein d'une espèce ou d'une population. Ce sont les gènes qui déterminent la manière dont un organisme va grandir et développer des capacités qui lui seront propres.
Plus une espèce sera diversifiée sur le plan des gènes, plus il lui sera possible de s'adapter face aux évolutions de son environnement. La diversité génétique, en plus d'être la plus délicate à aborder parmi les niveaux de la biodiversité, est aussi très menacée aujourd'hui du fait de la disparition rapide de nombreuses espèces.
La diversité des espèces est la plus simple à observer et la plus fréquemment étudiée. Il est question ici de recenser les espèces présentes dans un milieu, parfois à différentes périodes de l'année, afin d'en établir la richesse.
Les espèces ont un rôle spécifique à jouer dans leurs écosystèmes respectifs. L'augmentation ou la diminution d'une population sont des indicateurs facilement perceptibles de la santé d'un milieu naturel.
Ce dernier niveau porte sur la répartition, le rôle et les interactions des espèces au sein d'un écosystème.
Le but étant à terme d'en savoir plus sur la manière dont les espèces s'affectent mutuellement ainsi que leur environnement, parmi la vaste diversité des habitats de notre planète.
Étroitement liée aux reliefs et aux conditions de vie offertes, la biodiversité est changeante et inégalement répartie à travers la planète. Les forêts tropicales et les prairies accueillent une vie bouillonnante par exemple, là où les déserts chauds et froids abritent une densité d’espèces plus réduite, quoique tout à fait étonnante. De la même façon, les espèces animales et végétales se partagent entre les espèces sédentaires ou migratrices, annuelles ou saisonnières, et ainsi se façonnent les paysages. Dans sa vaste hétérogénéité, la biodiversité se partage entre trois composantes essentielles.
En tant que producteurs primaires, les plantes sont à la base de toutes les chaînes alimentaires. Par la photosynthèse, elles puisent dans le sol, l’air et l’eau les éléments minéraux nécessaires à la vie, et nourrissent à leur tour les herbivores puis les carnivores. Indispensables, elles soutiennent l’équilibre du vivant dans tous les écosystèmes terrestres.
Par opposition à la flore, la faune désigne l’ensemble des espèces animales d’un écosystème, de la microfaune à la mégafaune. Migratrices ou sédentaires, herbivores ou carnivores, elles tissent des relations de prédation, de symbiose ou de compétition. En façonnant leur habitat et en assurant la pollinisation, elles maintiennent l’équilibre du vivant indispensable aux plantes elles-mêmes.
Sur les 510 millions de km² de notre Terre, forêts tropicales, sommets rocheux, déserts, savanes et banquise dessinent une mosaïque de milieux. Cette variété de climats et de reliefs, façonnée par des milliards d’années d’évolution, a forgé la richesse spectaculaire des espèces que nous côtoyons. Préserver ces écosystèmes engage aujourd’hui notre responsabilité collective.
Comprendre les enjeux, les menaces et les leviers d’action pour préserver le vivant.
Derrière sa valeur culturelle, récréative et esthétique, la biodiversité remplit également une multitude de missions essentielles au maintien de nos sociétés humaines et à la survie de tous les écosystèmes de notre Terre. Les services rendus, observables à bien des niveaux, touchent notamment à :
L’approvisionnement
En combustibles, en matériaux de construction mais aussi en nourriture tout particulièrement. Si les pays en développement dépendent le plus directement des ressources naturelles des forêts et des océans, c’est toute l’agriculture mondiale qui repose sur la richesse et les fonctions occupées par la biodiversité.
Ce sont les vers de terre ou les taupes qui participent à la fertilisation des sols, les chauve-souris qui débarrassent les cultures de leurs nuisibles, les abeilles et autres insectes qui contribuent à la pollinisation. Rien qu’en Europe, plus de 80 % des cultures dépendent de la pollinisation effectuée par les insectes.
La régulation de l’environnement
Qu’il s’agisse du stockage du CO2, de la régulation du climat ou du ralentissement de l’érosion des sols, de la biodiversité dépend la résilience des écosystèmes face aux pressions extérieures.
La santé
Bien des avancées médicales ont été possibles grâce à la biologie et à la génétique des plantes, des champignons et des animaux.
Près de 70 % des molécules permettant la lutte actuelle contre le cancer ont été tirées des forêts tropicales. La théophylline, utilisée dans le traitement de l’asthme, provient des cacaoyers. Certains arbres présents dans les forêts d’Amérique du Nord produisent un composé essentiel dans la lutte contre les bactéries résistantes aux antibiotiques.
En réalité, la vaste majorité de nos médicaments modernes dépendent de la bonne santé de la biodiversité. Et celle-ci est loin d’avoir livré toutes ses richesses.
Avec environ 15 000 nouvelles espèces découvertes chaque année, le travail de recensement de la biodiversité est loin d’être terminé. En parallèle, les scientifiques estiment que le rythme actuel de sa disparition serait jusqu’à 1 000 fois supérieur au rythme naturel d’extinction.
Et pourtant, le déclin des espèces est un processus naturel. La Terre a toujours vu l’apparition et la disparition d’espèces au cours de son histoire, et la biodiversité a déjà connu plusieurs extinctions massives sous l’effet de périodes glaciaires, d’éruptions volcaniques massives et autres phénomènes naturels extrêmes. La différence avec la crise que nous connaissons aujourd’hui, et que certains apparentent déjà à une sixième extinction de masse, étant que celle-ci est bien plus rapide et presque exclusivement liée aux activités humaines.
Désormais, environ 40 % de toute la production primaire de la planète, soit la matière organique produite par les plantes et sur laquelle repose la biodiversité, est consommée par l’humain et son bétail. On estime qu’il ne resterait actuellement plus que 3 % d’animaux sauvages, les humains et les animaux de ferme composant le reste.
Le déplacement d’espèces d’un continent à l’autre sous l’effet des activités anthropiques a permis la multiplication d’espèces envahissantes dans des écosystèmes autrefois épargnés, tandis que sept espèces d’abeilles, indispensables pour la pollinisation de nos cultures, sont déjà classées comme en danger critique d’extinction.
Un recul de la faune et de la flore qui s’observe y compris chez les espèces qui ne sont pas encore en danger immédiat d’extinction. Avec le risque croissant de mettre en péril une multitude d’autres espèces nécessaires à la production d’oxygène ou de nourriture, ou au maintien global d’une planète habitable pour nous tous.
70 % des espèces de vertébrés ont décliné au cours du siècle dernier. Et, suivant le rythme actuel de la destruction des habitats naturels, près de la moitié de toutes les espèces du monde pourraient être menacées d’extinction avant la fin de ce siècle-ci.
L’érosion qui touche actuellement la biodiversité s’étend à toutes les espèces de tous les écosystèmes, sur tous les continents. Ce sont au total près d’un tiers des espèces de la planète qui sont aujourd’hui menacées et leur proportion est en constante augmentation.
L’Union internationale pour la conservation de la nature nous indique le déclin en cours de 40 % des amphibiens, 33 % des coraux, 31 % des raies et des requins, 25 % des mammifères, ou encore 14 % des oiseaux. En parallèle, les milieux humides indispensables à l’approvisionnement en eau ont reculé de 35 % depuis les années 1970, et les forêts tropicales pourraient avoir disparu d’ici à 70 ans si le rythme de la déforestation ne ralentit pas. Avec l’altération déjà visible de bon nombre de services rendus par les écosystèmes, tels que la production de ressources renouvelables et l’absorption du CO2. Les pays en développement y sont particulièrement vulnérables.
La biodiversité en France
Une multitude d’habitats naturels et d’espèces se partagent le territoire français, y compris dans les récifs coralliens d’outre-mer répartis dans les trois océans de notre planète. Diverses études ont cependant mis en évidence le mauvais état de conservation général de la biodiversité du pays, avec des situations très contrastées selon les régions et les espèces.
Parmi les grands perdants, les milieux ouverts herbacés tels que les prairies dont seuls 45 % parviennent à maintenir un état de conservation favorable. Une proportion qui chute sous les 10 % en ce qui concerne les zones humides et côtières.
Du côté de la faune, 18 % des espèces observées étaient déclarées éteintes ou menacées au 1er février 2019, avec notamment un effondrement des populations d’insectes et le net recul de bon nombre d’oiseaux. Les grands prédateurs terrestres comme le loup et l’ours, que l’on rencontre essentiellement en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Rhône-Alpes ou en Auvergne, tendent aussi à régresser face à la dégradation des milieux naturels.
Or, ce sont eux qui contribuent largement à l’équilibre des écosystèmes qu’ils occupent, en régulant la présence des espèces herbivores.
L’action des vagues sur les zones côtières, le vent, le déplacement des glaces ou l’alternance de périodes de gel et de dégel sont autant de causes naturelles pouvant expliquer l’érosion de la biodiversité. Mais c’est aux activités anthropiques que nous devons le déclin massif que nous observons aujourd’hui, à travers notamment cinq facteurs principaux.
La dégradation des habitats et des milieux naturels
600 millions de personnes peuplaient la Terre au XVIIIe siècle. Nous étions 7,7 milliards en 2019. Et forcément, l’accroissement démographique s’est accompagné d’une exploitation accrue des ressources limitées de notre planète.
C’est au drainage des rivières et des zones humides, à la construction de routes et de bâtiments mais aussi essentiellement à la déforestation que nous devons la disparition des habitats naturels. Celle-ci se poursuit toujours à un rythme effréné avec la coupe de près de 13 milliards d’hectares par an dans le monde, notamment dans les forêts tropicales qui abritent pourtant une biodiversité d’une extraordinaire richesse. Décimées par les incendies ou pour laisser place à une dépendance massive aux cultures de palmiers à huile et de soja, les forêts du bassin amazonien ont ainsi reculé de 12 % au cours de la seule année 2020. Avec le risque de voir s’éteindre certaines espèces rares telles que l’ara hyacinthe, le dauphin rose ou le jaguar d’Amazonie.
Le braconnage et la surexploitation des ressources naturelles
Sur terre comme en mer, trop peu de quotas de chasse et d’exploitation sont encore respectés à l’heure actuelle. La surexploitation de la faune et de la flore est directement liée aux besoins humains en nourriture, en vêtements et en médicaments mais aussi à la recherche d’animaux ou de produits rares, voire même au simple plaisir comme c’est le cas de la chasse sportive.
On estime que le commerce illégal d’espèces sauvages, que ce soit pour la viande de brousse, la fourrure, les organes et pour en faire des animaux de compagnie, générerait chaque année plusieurs milliards de dollars. Un marché presque aussi lucratif que les armes ou la drogue, et qui menace aujourd’hui quelque 9 000 espèces terrestres, les défenses d’éléphants et les écailles de pangolin comptant parmi les produits les plus prisés.
Sous les eaux, ce sont 75 % des stocks de poissons qui sont surexploités. La surpêche commerciale, associée aux nombreuses captures accidentelles, a ainsi fait passer certaines espèces telles que le thon rouge, le mérou, le flétan de l’Atlantique mais aussi le requin blanc parmi les espèces menacées.
L’introduction d’espèces invasives
On parle d’espèces invasives pour désigner les organismes animaux ou végétaux introduits volontairement ou accidentellement dans des écosystèmes auxquels ils n’appartenaient pas initialement. Avec la multiplication des échanges commerciaux terrestres, maritimes, ou via la pollution plastique des océans, bon nombre de ces organismes ont traversé la planète et se propagent désormais dans de nouvelles régions où ils causent d’importants déséquilibres dans la biodiversité locale.
C’est le cas de la carpe asiatique par exemple, des porcs sauvages ou de la jacinthe d’eau, qui étouffent déjà les ressources dont dépendent d’autres espèces indigènes. On estime que les espèces invasives seraient ainsi à l’origine de plusieurs centaines d’extinctions depuis le XVIe siècle.
Les pollutions
Déchets, pesticides, déversements de pétrole, les pollutions auxquelles est confrontée la biodiversité revêtent de nombreuses formes. La multiplication des substances chimiques dans le sol, l’air et les eaux, en plus de nuire à une vaste quantité d’insectes et de petits mammifères terrestres, cause des dégâts considérables au sein des océans du monde.
On pense notamment aux morts régulières par blessure, ingestion ou asphyxie d’une multitude de poissons, oiseaux et espèces marines confrontées à la pollution plastique, mais aussi à la prolifération d’algues toxiques et à la contamination de tous les maillons de la chaîne alimentaire, y compris à notre niveau.
S’ajoutent aussi les pluies acides, la pollution sonore et la pollution lumineuse qui ont poussé d’autres espèces vers le déclin en impactant le rythme de leur reproduction.
Le changement climatique
Le réchauffement climatique est à la fois une menace en lui-même mais aussi un facteur aggravant des autres causes de l’érosion de la biodiversité.
À mesure que les températures augmentent sous l’effet de l’émission de gaz à effet de serre notamment, les habitats et les courants se modifient, les eaux montent, les sécheresses, les incendies, les inondations se multiplient, poussant les espèces vers la migration lorsqu’elles le peuvent, ou vers l’extinction.
Des migrations d’une aire de répartition à une autre qui ne sont pas sans conséquences pour les espèces indigènes, et que les aménagements du territoire effectués par l’humain rendent parfois impossibles.
Le saumon du Pacifique par exemple, touché par le réchauffement climatique, est empêché de rejoindre certains des cours d’eau qu’il fréquentait à l’origine du fait de l’installation de barrages. Alors le saumon est en déclin, ce qui affecte les autres espèces qui en dépendent.
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) répartit les différentes espèces entre « non évaluées », « données insuffisantes », « moins préoccupantes », « quasi menacées », « vulnérables », « en danger », « en danger critique d’extinction », « éteintes à l’état sauvage » et « éteintes ».
Après avoir perdu le tigre de Tasmanie ou la tortue géante Pinta, tous deux chassés jusqu’à l’extinction, le léopard de l’Amour, le gorille et le rhinocéros de Sumatra figurent aujourd’hui parmi les espèces les plus menacées, tout comme le marsouin vaquita, dont il resterait moins d’une douzaine d’individus à l’état sauvage.
Certains programmes scientifiques avancés tentent désormais d’empêcher la disparition totale d’une poignée d’espèces particulièrement vulnérables telles que le rhinocéros blanc du Nord dont on ne dénombre plus que deux individus, deux femelles, à travers le monde.
S’il y a urgence à agir pour protéger la biodiversité, il n’est pas encore trop tard. Après les ambitions de la Convention sur la diversité biologique tracées en 2010, ou l’Accord de Paris sur le réchauffement climatique, les conférences successives des Nations unies sur la biodiversité (COP) continuent d’établir de nouveaux objectifs internationaux.
En ligne de mire notamment, une meilleure gestion des ressources offertes par la nature, et la mise en place de systèmes alimentaires mieux adaptés aux défis de demain.
Conservation de la faune et écotourisme
Bon nombre d’organisations se consacrent aujourd’hui à la conservation de la biodiversité.
Avec la National Wildlife Federation, le Sierra Club ou le Jane Goodall Institute pour ne citer qu’elles, les aires protégées pour la vie sauvage s’étendent et les populations locales sont davantage sensibilisées aux menaces des écosystèmes qui les entourent.
En parallèle, l’écotourisme connaît un engouement croissant depuis quelques années.
L’African Wildlife Foundation s’est ainsi associée au gouvernement rwandais pour protéger les gorilles de montagne en voie de disparition à travers des safaris animaliers. Safaris qui contribuent également à renforcer les économies locales et que l’on retrouve essentiellement en Afrique mais aussi en Asie. De quoi attirer davantage l’attention sur le sort préoccupant des éléphants, des pandas géants et des tigres du Bengale.
Élevage en captivité
C’est dans les années 1960 que les premiers programmes d’élevage en captivité ont vu le jour. Si tous n’ont hélas pas mené au succès, ils restent à l’heure actuelle l’un des recours privilégiés pour stabiliser les populations d’espèces menacées et pour les aider à croître de nouveau.
Tandis que certains animaux sont destinés à passer leur vie en captivité, au sein de zoos notamment, d’autres seront progressivement réintroduits dans la nature. C’est le cas du mandrill et de l’okapi par exemple.
Préservation des océans
En mer, une poignée d’organismes tels que Sea Shepherd Conservation Society, Oceana et The Cousteau Society participent aussi à faire la différence, en parallèle des initiatives globales prises par les États. Au-delà de la surpêche, les mesures portent aussi sur le blanchissement des récifs coralliens, la pollution plastique, la chasse commerciale et l’acidification des océans.