Bornéo, troisième plus grande île du monde avec ses 743 330 km², est partagée entre trois pays : l’Indonésie (Kalimantan), la Malaisie (Sabah et Sarawak) et Brunei. Ses forêts tropicales humides, parmi les plus anciennes de la planète — 130 millions d’années contre 50 pour l’Amazonie —, abritent une diversité biologique stupéfiante. Les forêts de diptérocarpes, ces arbres géants pouvant dépasser 70 mètres de hauteur, forment une canopée dense et étagée où chaque strate héberge ses propres communautés d’espèces. Avec plus de 15 000 espèces de plantes à fleurs, 222 espèces de mammifères et 420 espèces d’oiseaux, Bornéo rivalise avec les régions les plus riches en biodiversité du globe.

L’orang-outan de Bornéo (Pongo pygmaeus) est l’espèce emblématique de ces forêts. Il n’en reste qu’environ 104 000 individus à l’état sauvage, soit une baisse de 50 % en 60 ans. Ce grand singe, qui partage 97 % de notre ADN, est le plus grand animal arboricole au monde. Le nasique (Nasalis larvatus), endémique de Bornéo, vit dans les forêts marécageuses et les mangroves côtières ; sa population est estimée à seulement 7 000 individus. La panthère nébuleuse de Bornéo (Neofelis diardi borneensis), plus grand félin de l’île, est si discrète qu’elle n’a été photographiée à l’état sauvage qu’en 2007. Les forêts de Bornéo accueillent également l’éléphant pygmée de Bornéo, le rhinocéros de Sumatra — dont quelques dizaines d’individus subsistent peut-être au Kalimantan —, et plus de 50 espèces de chauves-souris. La faune invertébrée est tout aussi remarquable : on y trouve la plus grande fleur du monde (Rafflesia arnoldii), le plus grand insecte — le scarabée Atlas — et des centaines d’espèces encore non décrites par la science.
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Bornéo a perdu plus de 50 % de sa couverture forestière depuis 1973. La principale cause est la conversion des forêts en plantations de palmiers à huile : l’île produit environ 30 % de l’huile de palme mondiale. Entre 1999 et 2015, les incendies de forêt — souvent allumés délibérément pour défricher — ont détruit 5 millions d’hectares. L’exploitation forestière légale et illégale fragmente les habitats restants, isolant les populations animales. L’expansion des mines de charbon au Kalimantan détruit des forêts vierges. La chasse et le commerce illégal d’espèces persistent, notamment pour les bébés orangs-outans vendus comme animaux de compagnie. En 2015, les incendies de tourbe à Bornéo ont émis plus de CO₂ que l’ensemble de l’économie américaine pendant la même période.
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Plusieurs initiatives tentent d’enrayer la destruction. La réserve de Danum Valley (438 km² de forêt primaire intacte) et le bassin de Maliau (588 km²) au Sabah sont des sanctuaires de biodiversité protégés. Le Borneo Orangutan Survival Foundation gère le plus grand programme de réhabilitation de primates au monde, avec plus de 400 orangs-outans en soins à Nyaru Menteng. Le Heart of Borneo Initiative, lancé en 2007 par les trois gouvernements avec le soutien du WWF, vise à protéger 220 000 km² de forêts transfrontalières. La certification RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) progresse, bien que des critiques pointent ses insuffisances. Des projets de reforestation et de corridors écologiques, comme le Kinabatangan Corridor of Life, reconnectent des fragments forestiers isolés pour permettre le déplacement des espèces.