La baie d’Hudson : carrefour migratoire de l’Arctique canadien

Vaste étendue d’eau intérieure de 1,23 million de km², la baie d’Hudson est la deuxième plus grande baie du monde. Située au cœur du Canada, elle est bordée par le Nunavut, le Manitoba, l’Ontario et le Québec. Ses eaux peu profondes — 100 mètres de profondeur moyenne — gèlent chaque hiver et dégèlent en été, créant un cycle saisonnier qui rythme la vie de toute la faune arctique et subarctique de la région.

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La ville de Churchill, sur sa rive occidentale, est surnommée « capitale mondiale de l’ours polaire » : chaque automne, des centaines d’ours convergent vers la côte, attendant que la glace se forme pour partir chasser le phoque. Ce paysage de toundra, de marais côtiers et de glace mouvante constitue l’un des plus importants carrefours migratoires de l’hémisphère nord.

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La biodiversité : là où la toundra rencontre la mer

La baie d’Hudson héberge l’une des populations d’ours polaires les mieux étudiées au monde : la sous-population de l’ouest de la baie, estimée à environ 800 individus. Le morse de l’Atlantique fréquente les zones nord de la baie, utilisant les plaques de glace comme plateformes de repos entre deux plongées. Le renard polaire, présent en abondance, dépend des lemmings et des restes de proies laissées par les ours. Le harfang des neiges niche dans la toundra environnante lors des années de forte abondance de rongeurs. En été, plus de 57 000 bélugas remontent les estuaires de la baie — notamment l’embouchure de la rivière Churchill — pour mettre bas et muer dans les eaux tièdes et peu profondes, constituant l’un des plus grands rassemblements de cétacés au monde. Les rivages accueillent des colonies de sternes arctiques, de goélands et d’eiders à duvet. Les eaux abritent des populations de phoques annelés et de phoques barbus, proies principales de l’ours polaire. La zone côtière, parsemée de mares et de tourbières, est une halte essentielle pour des millions d’oiseaux limicoles en migration, dont le bécasseau maubèche et le pluvier argenté.

Les menaces : une banquise qui s’amincit

Le gel de la baie d’Hudson survient désormais en moyenne trois semaines plus tard qu’il y a trente ans, et la débâcle printanière est plus précoce. Cette réduction de la saison des glaces contraint les ours polaires à passer plus de temps à terre, où les ressources alimentaires sont limitées. La sous-population de l’ouest de la baie a diminué d’environ 30 % depuis les années 1980. Les bélugas souffrent de la pollution chimique véhiculée par les grands fleuves : mercure, BPC et pesticides s’accumulent dans leur graisse. Le développement portuaire à Churchill et les projets d’exploitation minière dans le nord du Québec et du Nunavut menacent de fragmenter les habitats côtiers. Le trafic maritime croissant — lié à l’ouverture du passage du Nord-Ouest — augmente les risques de déversement d’hydrocarbures et de perturbation sonore pour les mammifères marins.

La conservation : entre science inuite et recherche moderne

La gestion de la faune de la baie d’Hudson repose sur une collaboration entre les gouvernements fédéral et provinciaux, les organisations inuites et les chercheurs. Polar Bears International, basée à Churchill, mène des programmes de recherche par colliers GPS et caméras thermiques pour suivre les déplacements des ours. Le parc national Wapusk, créé en 1996 sur 11 475 km², protège l’une des plus grandes zones de mise bas d’ours polaires au monde. Le programme de conservation des bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent sert de modèle pour les populations de la baie. Les communautés inuites participent activement à la surveillance environnementale à travers le programme Arctic Borderlands, combinant savoir traditionnel et données scientifiques. En 2022, le Canada a étendu les aires marines protégées dans la partie nord de la baie, couvrant désormais 15 % des eaux fédérales de la région.

Localisation : baie d’Hudson

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