Le parc national Kruger, situé dans le nord-est de l’Afrique du Sud, est l’une des plus grandes réserves animalières du continent africain. S’étirant sur près de 20 000 km² — soit la superficie d’Israël —, il mesure 360 kilomètres du nord au sud et 65 kilomètres d’est en ouest. Bordé par le Mozambique à l’est et le Zimbabwe au nord, le Kruger est traversé par plusieurs rivières permanentes — le Limpopo, le Letaba, l’Olifants — qui dessinent des rubans de verdure dans une mosaïque de savanes, de bushveld et de forêts riveraines. Fondé en 1898 par le président Paul Kruger pour protéger la faune décimée par la chasse, il est devenu parc national en 1926 et attire aujourd’hui plus de 2 millions de visiteurs par an.

Le Kruger héberge 147 espèces de mammifères, 517 espèces d’oiseaux, 119 espèces de reptiles et 53 espèces de poissons. Le lion (Panthera leo), dont la population est estimée à environ 2 000 individus dans le parc, forme des troupes atteignant parfois 30 membres. La panthère (Panthera pardus), plus discrète, est estimée à plus de 1 000 individus, faisant du Kruger l’un des meilleurs endroits au monde pour observer ce félin. Le lycaon (Lycaon pictus), carnivore le plus menacé d’Afrique avec seulement 6 600 individus sauvages dans le monde, trouve ici l’une de ses populations viables les plus importantes, estimée à environ 350 individus. La girafe (Giraffa camelopardalis), environ 5 000 dans le parc, broute la canopée des acacias. L’hippopotame (Hippopotamus amphibius), comptant près de 3 000 individus, occupe les rivières et les barrages. Les Big Five — lion, léopard, éléphant (environ 17 000), rhinocéros et buffle (37 000) — sont tous présents, faisant du Kruger un sanctuaire unique pour la mégafaune africaine.
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Le braconnage des rhinocéros pour leurs cornes constitue la menace la plus aiguë. Entre 2007 et 2023, plus de 10 000 rhinocéros ont été tués en Afrique du Sud, dont une large proportion dans le Kruger. La corne de rhinocéros, composée de kératine, se négocie à plus de 60 000 dollars le kilogramme sur le marché noir asiatique. Malgré les efforts, la population de rhinocéros blancs du Kruger est passée d’environ 10 000 en 2010 à moins de 4 000. Les clôtures du parc fragmentent les corridors migratoires et provoquent des conflits avec les communautés riveraines. Les sécheresses, intensifiées par le changement climatique, réduisent les points d’eau et concentrent les herbivores, augmentant le risque d’épizooties. L’encéphalite du Nil occidental et la tuberculose bovine affectent plusieurs populations animales.
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South African National Parks (SANParks) déploie des moyens considérables : drones, hélicoptères, chiens pisteurs et unités spéciales anti-braconnage patrouillent 24 heures sur 24. Le projet Great Limpopo Transfrontier Park, lancé en 2002, vise à créer un espace protégé transfrontalier de 100 000 km² reliant le Kruger au parc national du Limpopo au Mozambique et au parc national de Gonarezhou au Zimbabwe. Des technologies de pointe — colliers GPS, caméras thermiques, intelligence artificielle pour analyser les images de pièges photographiques — améliorent la surveillance. Le programme Community Levy, qui reverse une partie des revenus du tourisme aux communautés locales, réduit les incitations au braconnage. La translocation de rhinocéros vers des zones plus sûres et la déhornation préventive font partie de l’arsenal de protection. En 2023, pour la première fois en quinze ans, le braconnage de rhinocéros dans le Kruger a enregistré une baisse significative de 25 %.