La Floride, péninsule de 170 000 km² baignée par l’océan Atlantique à l’est et le golfe du Mexique à l’ouest, possède plus de 13 000 kilomètres de côtes — le deuxième littoral le plus long des États-Unis après l’Alaska. Ses eaux subtropicales, dont la température descend rarement sous 20 °C, créent un habitat unique en Amérique du Nord. Les récifs coralliens de Florida Keys, les herbiers marins de la baie de Tampa, les lagunes de l’Indian River et les estuaires de la côte ouest forment une mosaïque de milieux côtiers d’une richesse biologique exceptionnelle. Au confluent des courants tropicaux caribéens et des eaux tempérées de l’Atlantique Nord, la Floride est un carrefour biogéographique où se rencontrent des espèces des deux zones.
Le lamantin de Floride (Trichechus manatus latirostris), sous-espèce du lamantin des Caraïbes, est l’animal emblématique des côtes de la péninsule. Ce doux géant herbivore, pouvant atteindre 3,5 mètres et 590 kg, se nourrit de 30 à 50 kg d’herbiers marins et de plantes aquatiques par jour. Sa population, tombée à environ 1 000 individus dans les années 1970, a remonté à plus de 7 500 individus grâce aux mesures de protection. En hiver, les lamantins se rassemblent par centaines dans les sources d’eau chaude naturelles (comme Crystal River) et les rejets thermiques des centrales électriques. La tortue luth (Dermochelys coriacea) niche sur les plages de la côte atlantique, principalement dans les comtés de Brevard et Indian River, avec environ 50 à 80 nids par an en Floride. Les eaux côtières abritent également les dauphins tursiops, les requins-marteaux, les raies pastenagues et plus de 600 espèces de poissons récifaux dans les Florida Keys. Le récif corallien des Keys, troisième plus grand au monde, s’étend sur 360 kilomètres et héberge 45 espèces de coraux et 500 espèces de poissons.
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La crise des herbiers marins de l’Indian River Lagoon, causée par la pollution aux nutriments et les proliférations d’algues, a provoqué une mortalité massive de lamantins. En 2021-2022, plus de 1 100 lamantins sont morts en Floride, soit le pire épisode de mortalité jamais enregistré, principalement par famine due à la disparition des herbiers. Les marées rouges, causées par l’algue Karenia brevis, produisent des neurotoxines mortelles pour les poissons, les tortues et les mammifères marins : l’épisode de 2018 a tué au moins 200 lamantins et des milliers de tonnes de poissons. Le développement urbain effréné — la Floride gagne 1 000 nouveaux résidents par jour — détruit les zones côtières naturelles. La montée du niveau de la mer menace les plages de nidification des tortues et les habitats côtiers bas. L’intrusion d’eau salée dans les nappes phréatiques affecte les estuaires d’eau douce dont dépendent de nombreuses espèces.
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Le lamantin a été le premier animal protégé par l’Endangered Species Act en 1973, et la Floride a adopté le Manatee Sanctuary Act en 1978, créant des zones de vitesse réduite pour les bateaux dans les zones fréquentées par les lamantins. Les collisions avec les bateaux restaient la première cause de mortalité humaine des lamantins, mais les zones de protection ont réduit les accidents de 30 % dans les comtés les plus réglementés. Le Crystal River National Wildlife Refuge protège l’un des plus importants sites de rassemblement hivernal. Après la crise de 2021, le U.S. Fish and Wildlife Service a lancé un programme de nourrissage d’urgence sans précédent, distribuant des tonnes de laitue romaine aux lamantins affamés. Le Florida Keys National Marine Sanctuary, créé en 1990, protège 9 950 km² d’eaux récifales. La restauration des herbiers marins, financée à hauteur de 8 millions de dollars dans l’Indian River Lagoon, commence à montrer des signes de reprise. Le programme de nettoyage des Everglades, qui vise à restaurer les flux d’eau douce vers les estuaires, est essentiel à la santé à long terme des écosystèmes côtiers de Floride.