Les Sundarbans : la plus grande mangrove du monde

À cheval sur le Bangladesh et l’Inde, les Sundarbans forment la plus vaste forêt de mangrove de la planète, couvrant environ 10 000 km² dans le delta du Gange, du Brahmapoutre et de la Meghna. Ce labyrinthe de chenaux tidaux, d’îlots boueux et de forêts amphibies est soumis au rythme des marées qui inondent puis découvrent le sol forestier deux fois par jour. Le nom « Sundarbans » dériverait du sundari (Heritiera fomes), l’arbre dominant de cette mangrove, dont les racines-échasses emprisonnent les sédiments et protègent les côtes des cyclones. Classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, les Sundarbans constituent un rempart naturel pour les 4 millions de personnes vivant en périphérie, absorbant l’énergie des tempêtes tropicales qui frappent régulièrement le golfe du Bengale.

Photo : Collins Lesulie / Unsplash

La biodiversité : le royaume du tigre nageur

Les Sundarbans abritent la plus grande population de tigres du Bengale (Panthera tigris tigris) vivant en mangrove : entre 100 et 150 individus selon les derniers recensements par pièges photographiques. Ces tigres ont développé des comportements uniques, nageant régulièrement d’île en île et chassant cerfs axis, sangliers et même poissons. Le cobra royal (Ophiophagus hannah), plus long serpent venimeux du monde, atteint ici des tailles dépassant cinq mètres ; il se nourrit principalement d’autres serpents. Les Sundarbans hébergent également le crocodile marin (Crocodylus porosus), le dauphin de l’Irrawaddy (Orcaella brevirostris), le cerf axis (Axis axis) et plus de 260 espèces d’oiseaux, dont le martin-pêcheur à collier blanc et le pygargue à tête grise. Les eaux saumâtres grouillent de crabes, crevettes et poissons qui constituent la base d’une chaîne alimentaire complexe. Plus de 330 espèces de plantes, adaptées à la salinité et aux inondations, forment cet écosystème unique.

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Les menaces : entre cyclones et montée des eaux

Les Sundarbans sont en première ligne du changement climatique. La montée du niveau de la mer — estimée à 3 à 8 mm par an dans cette région, bien au-dessus de la moyenne mondiale — submerge progressivement les îles les plus basses. Depuis 2000, au moins quatre îles habitées ont été englouties. Les cyclones, plus fréquents et plus intenses, dévastent périodiquement la mangrove : le cyclone Amphan en 2020 a endommagé 60 % des Sundarbans bangladais. L’augmentation de la salinité, due à la réduction des débits fluviaux en amont (barrages, irrigation), tue les sundaris et modifie la composition forestière. Le braconnage du tigre persiste pour alimenter le marché de la médecine traditionnelle. La collecte de miel sauvage et la pêche crevettière exercent une pression constante, et les conflits homme-tigre causent chaque année entre 20 et 30 morts humaines.

La conservation : cohabiter avec le tigre

Les Sundarbans bénéficient d’un double classement UNESCO (Bangladesh en 1997, Inde en 1987). La réserve de tigres des Sundarbans en Inde (2 585 km²) et le parc national des Sundarbans au Bangladesh (1 395 km²) forment le noyau de la protection. Des programmes innovants de réduction des conflits homme-tigre incluent l’installation de clôtures solaires, la formation de « tiger response teams » et l’indemnisation des familles de victimes. Le projet USAID Bagh (2010-2016) a permis de réduire les attaques de tigres de 80 % dans les zones pilotes. La plantation de mangroves, soutenue par des ONG comme IUCN et Worldview International Foundation, a restauré des centaines d’hectares de côtes dégradées. Le Bangladesh a interdit le trafic maritime de marchandises lourdes à travers les Sundarbans après le déversement de 350 tonnes de fioul en 2014.

Localisation : Sundarbans

Animaux présents dans cet écosystème