Les montagnes des Virunga forment une chaîne de huit volcans s’élevant entre 2 000 et 4 507 mètres d’altitude, à la frontière de la République démocratique du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda. Le massif, long de 80 kilomètres, domine le Rift Albertin, l’un des points chauds de biodiversité les plus importants d’Afrique. Deux de ces volcans — le Nyiragongo et le Nyamulagira — sont parmi les plus actifs du continent. Les forêts de montagne, enveloppées de brouillard, tapissent les pentes entre 2 000 et 3 800 mètres avant de céder la place aux prairies alpines et aux landes de bruyères géantes. C’est dans ces forêts brumeuses que Dian Fossey a mené ses recherches pionnières sur les gorilles de montagne, immortalisées par le film « Gorilles dans la brume ».

Les montagnes des Virunga abritent plus de la moitié de la population mondiale de gorilles de montagne (Gorilla beringei beringei). Environ 600 individus vivent dans le massif des Virunga, sur un total mondial d’environ 1 060 gorilles de montagne. Ces grands singes, pesant jusqu’à 220 kg pour les mâles dos argenté, vivent en groupes familiaux de 10 à 30 individus. Le chimpanzé de l’Est (Pan troglodytes schweinfurthii) occupe les forêts de plus basse altitude, notamment dans le parc national des Virunga côté RDC, où l’on estime sa population à plusieurs milliers d’individus. Le Rift Albertin, dont les Virunga font partie, abrite plus de 40 % des espèces d’oiseaux du continent africain et plus d’espèces endémiques de vertébrés que toute autre région d’Afrique. Les forêts de bambou alimentent le gorille, tandis que la végétation afro-alpine, parsemée de séneçons géants et de lobélies, héberge une faune invertébrée endémique remarquable. L’éléphant de forêt, le buffle de forêt et le bongo de montagne, antilope forestière rarissime, complètent la faune mammalienne.
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Les montagnes des Virunga se trouvent dans l’une des régions les plus densément peuplées d’Afrique et les plus instables politiquement. Le parc national des Virunga en RDC a été le théâtre de conflits armés continus depuis les années 1990, et plus de 200 gardes du parc y ont perdu la vie. Les groupes armés exploitent le charbon de bois issu de la déforestation illégale, un commerce estimé à 35 millions de dollars par an. La densité de population autour du parc dépasse 400 habitants au km², et l’empiétement agricole grignote les lisières forestières. Le braconnage des gorilles pour la viande de brousse et le commerce de bébés est en recul mais persiste. Les maladies respiratoires humaines, transmissibles aux grands singes génétiquement proches, représentent une menace sanitaire constante, accentuée par la proximité des villages et le tourisme.
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Contre toute attente, la population de gorilles de montagne est en augmentation. Elle est passée de 620 individus en 1989 à plus de 1 060 en 2021, faisant du gorille de montagne le seul grand singe dont la population progresse. Ce succès repose sur la collaboration transfrontalière entre le parc national des Virunga (RDC), le parc national des Volcans (Rwanda) et le parc national de Mgahinga (Ouganda). Le Greater Virunga Transboundary Collaboration coordonne les patrouilles anti-braconnage et le suivi vétérinaire. Le Dian Fossey Gorilla Fund maintient une présence quotidienne auprès des groupes de gorilles au Rwanda. Le tourisme gorille, qui rapporte plus de 100 millions de dollars par an au Rwanda avec des permis à 1 500 dollars, finance directement la conservation et offre des emplois aux communautés locales. Le programme de santé des gorilles de montagne (Gorilla Doctors) assure un suivi vétérinaire permanent et intervient en cas de piégeage ou de maladie.