Les côtes d’Islande et de Norvège : entre fjords et haute mer

Les côtes d’Islande et de Norvège s’étendent sur des milliers de kilomètres d’un littoral découpé par les fjords, sculpté par les glaciers et battu par les eaux froides de l’Atlantique Nord et de l’océan Arctique. L’Islande, île volcanique de 103 000 km² posée sur la dorsale médio-atlantique, offre des falaises vertigineuses et des plateaux sous-marins exceptionnellement productifs. La Norvège, avec ses 25 000 kilomètres de côtes (100 000 en comptant les îles), abrite les plus longs fjords du monde. Le Gulf Stream, qui remonte le long de ces côtes, maintient les eaux à des températures supérieures à ce que la latitude laisserait présager, créant des conditions idéales pour le plancton, base d’une chaîne alimentaire marine d’une richesse remarquable.

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La biodiversité : un festin de plancton et de poissons

Ces eaux boréales comptent parmi les plus productives au monde. Le macareux moine (Fratercula arctica), avec son bec coloré caractéristique, niche en colonies spectaculaires : l’Islande abrite environ 60 % de la population mondiale, soit entre 3 et 4 millions de couples. Les falaises de Látrabjarg, à l’extrême ouest de l’Islande, et les îles Vestmann hébergent les plus grandes colonies. En Norvège, l’île de Runde et les Lofoten accueillent des dizaines de milliers de couples nicheurs. La baleine bleue (Balaenoptera musculus), plus grand animal ayant jamais existé sur Terre, fréquente les eaux islandaises de mai à septembre pour se nourrir de krill. La baie de Húsavík, au nord de l’Islande, est l’un des meilleurs sites d’observation au monde, avec des taux de repérage dépassant 95 % en été. Les eaux norvégiennes accueillent des rassemblements spectaculaires de harengs en hiver, attirant des centaines d’orques et de baleines à bosse dans les fjords du Troms et du Finnmark. Les phoques gris, les phoques communs et les marsouins communs sont résidents permanents.

Les menaces : entre surpêche et réchauffement

La surpêche historique a profondément marqué ces écosystèmes. L’effondrement des stocks de lançon, petit poisson dont se nourrit le macareux, a provoqué des échecs de reproduction catastrophiques : en Islande, certaines colonies n’ont plus produit un seul poussin viable pendant plusieurs années consécutives. La population de macareux a chuté de 40 % depuis 2003. Le réchauffement des eaux repousse les bancs de poissons vers le nord, éloignant les proies des colonies de nidification. La pollution par les hydrocarbures reste un risque constant sur cette route maritime très fréquentée. L’exploitation pétrolière offshore en Norvège menace les habitats de fond. L’acidification des eaux froides, plus rapide qu’aux latitudes tropicales, fragilise les coquillages et les crustacés à la base de la chaîne alimentaire.

La conservation : le modèle nordique

L’Islande et la Norvège investissent massivement dans la gestion durable de leurs océans. L’Islande a instauré un système de quotas de pêche transférables qui a permis la reconstitution de plusieurs stocks de poissons. Le programme islandais de suivi des macareux, mené par le South Iceland Nature Research Centre, documente les tendances de population et adapte les mesures de chasse traditionnelle. La Norvège a créé le plan de gestion de la mer de Barents, intégrant pêche, pétrole et conservation dans un cadre unique. Les aires marines protégées norvégiennes couvrent désormais plus de 40 % des eaux territoriales autour du Svalbard. L’initiative Ocean Census, lancée en 2023 avec participation norvégienne, vise à cataloguer les espèces marines encore inconnues. Le tourisme d’observation des baleines, strictement régulé, génère des revenus qui renforcent l’argument économique de la conservation marine.

Localisation : côtes d’Islande et de Norvège

Animaux présents dans cet écosystème