Le Gange et ses affluents forment le plus grand réseau fluvial du sous-continent indien, drainant un bassin versant de 1,08 million de km² réparti entre l’Inde, le Népal et le Bangladesh. Né dans le glacier de Gangotri à 3 892 mètres d’altitude dans l’Himalaya, le fleuve parcourt 2 525 kilomètres avant de se jeter dans le golfe du Bengale. Le bassin du Gange nourrit plus de 600 millions de personnes, soit la population la plus dense de tout système fluvial au monde. Sacré pour les hindous, qui le considèrent comme une déesse purificatrice, le Gange abrite malgré une pollution extrême une faune aquatique d’une richesse insoupçonnée, vestige d’un écosystème d’eau douce autrefois parmi les plus riches de la planète.

Le gavial du Gange (Gavialis gangeticus), avec son museau étroit et allongé garni de plus de 100 dents, est l’un des reptiles les plus menacés au monde. Il n’en reste qu’entre 650 et 800 individus dans la nature, principalement dans les rivières Chambal, Girwa et Rapti en Inde et au Népal. Ce crocodilien de 5 à 6 mètres de long est exclusivement piscivore — une spécialisation unique parmi les crocodiliens. Le dragon d’eau indien (Physignathus cocincinus), lézard semi-aquatique à la crête dorsale impressionnante, fréquente les zones boisées riveraines du système gangetique. Le bassin abrite également le dauphin du Gange (Platanista gangetica), cétacé d’eau douce aveugle estimé à 3 500 individus, la tortue de Batagur (Batagur baska), en danger critique, et plus de 350 espèces de poissons. L’anguille marbrée, le silure géant du Gange et le mahseer doré, poisson de sport pouvant dépasser 45 kg, sont des espèces emblématiques. Les zones humides du bassin, comme les jheel (lacs oxbow), accueillent des populations de grues antigone, cigognes peintes et ibis à tête noire.
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Le Gange est l’un des cours d’eau les plus pollués de la planète. Plus de 3 milliards de litres d’eaux usées non traitées y sont déversés chaque jour. Les tanneries de Kanpur rejettent du chrome hexavalent, les industries chimiques déversent des métaux lourds, et les engrais agricoles provoquent une eutrophisation massive. Le taux de coliformes fécaux atteint par endroits 100 millions par 100 ml, soit 10 000 fois la limite de sécurité. Les barrages — plus de 300 dans le bassin — fragmentent les habitats du gavial et du dauphin, bloquant leurs migrations et réduisant les débits naturels. L’extraction de sable dans le lit des rivières détruit les bancs de sable où nichent les gavials et les tortues. Le braconnage pour le cuir de gavial et le trafic de tortues pour l’alimentation et la médecine traditionnelle persistent.
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Le programme Namami Gange, lancé en 2015 avec un budget de 3 milliards de dollars, vise à restaurer la qualité de l’eau du fleuve. Plus de 150 stations d’épuration sont en cours de construction ou de rénovation. Le sanctuaire national de Chambal, qui protège 600 km de rivière entre le Rajasthan et le Madhya Pradesh, est le dernier refuge viable du gavial. Le programme de réintroduction du gavial, mené par le Madras Crocodile Bank Trust et le WWF, a libéré plus de 7 000 individus élevés en captivité depuis les années 1970, mais les taux de survie en milieu naturel restent faibles. Le Bihar a créé le Vikramshila Gangetic Dolphin Sanctuary, seule aire protégée dédiée au dauphin du Gange. La Haute Cour d’Uttarakhand a accordé au Gange le statut de « personne vivante » en 2017, une décision symbolique visant à renforcer sa protection juridique. Des initiatives communautaires de nettoyage des berges et de plantation de ripisylves se multiplient le long du fleuve.