La Tasmanie, île de 68 000 km² séparée du continent australien par le détroit de Bass, abrite les dernières forêts tempérées humides de l’hémisphère sud. Plus de 42 % de l’île est protégée, dont 1,58 million d’hectares classés au patrimoine mondial de l’UNESCO sous l’appellation « Tasmanian Wilderness ». Ces forêts, reliques du Gondwana, conservent des espèces végétales dont les ancêtres existaient il y a plus de 60 millions d’années. L’eucalyptus regnans, ou frêne de montagne, y atteint 100 mètres de hauteur, en faisant le plus grand arbre à fleurs du monde. Les sous-bois de fougères arborescentes, les hêtres du sud (Nothofagus) et les pins Huon, qui peuvent vivre plus de 3 000 ans, créent une atmosphère de forêt primordiale préservée des bouleversements modernes.

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Le diable de Tasmanie (Sarcophilus harrisii) est le plus grand marsupial carnivore vivant, depuis l’extinction du tigre de Tasmanie en 1936. Pesant entre 6 et 12 kg, ce charognard nocturne est célèbre pour sa mâchoire extraordinairement puissante — la plus forte par rapport à sa taille de tous les mammifères — capable de broyer les os. Sa population sauvage est estimée entre 10 000 et 25 000 individus. La Tasmanie héberge également le wombat commun, le pademelon de Tasmanie, le quoll de l’Est, le bettong de Tasmanie et l’ornithorynque, qui fréquente les rivières forestières. L’île compte plus de 200 espèces d’oiseaux, dont 12 endémiques, parmi lesquelles le perruche à ventre orange et le méliphage régent. Les eaux douces des forêts abritent l’écrevisse géante de Tasmanie (Astacopsis gouldi), plus grand invertébré d’eau douce au monde, pouvant peser 6 kg. La flore inclut plus de 1 500 espèces de plantes à fleurs, 70 espèces de fougères et plus de 700 espèces de lichens.
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La tumeur faciale du diable de Tasmanie (DFTD), cancer contagieux transmis par morsure, a décimé les populations depuis sa découverte en 1996. Dans les zones touchées, la mortalité atteint 80 à 100 %, et la population globale de diables a chuté de plus de 60 %. Cette maladie, unique dans le monde animal par sa transmission de cellule à cellule, menace l’espèce d’extinction. L’exploitation forestière industrielle, bien qu’en recul, a détruit des milliers d’hectares de forêt vierge au XXe siècle, fragmentant les habitats. Les incendies de forêt, favorisés par le changement climatique, menacent des forêts qui ne sont pas adaptées au feu — contrairement aux eucalyptus du continent. En 2019, des feux de brousse ont brûlé plus de 3 % du patrimoine mondial. Les espèces invasives — chats harets, renards (récemment signalés) — prédatent les petits mammifères natifs.
Le programme Save the Tasmanian Devil, lancé en 2003, est l’un des plus ambitieux programmes de sauvetage d’espèce en Australie. Des populations d’assurance, exemptes de la maladie, ont été établies dans des zoos et des réserves clôturées sur le continent. En 2020, 26 diables ont été réintroduits en Australie continentale, dans le sanctuaire de Barrington Tops en Nouvelle-Galles du Sud, pour la première fois en 3 000 ans. Des diables résistants à la DFTD ont été identifiés dans le nord-ouest de la Tasmanie, offrant un espoir génétique. L’accord sur les forêts de Tasmanie de 2013 a mis fin à l’exploitation forestière dans 500 000 hectares de forêts de haute conservation, bien que des tensions subsistent. Birdlife Tasmania coordonne la conservation des oiseaux endémiques, et le Tasmanian Land Conservancy acquiert des terres privées pour les protéger. Le programme de surveillance de l’écrevisse géante implique les pêcheurs récréatifs comme sentinelles écologiques.