Les océans représentent à eux seuls plus de 90% de l’espace habitable sur notre planète, comptant parmi les principaux réservoirs de biodiversité à travers le monde. Logé entre l’Amérique, l’Antarctique, l’Asie, l’Australie et la Nouvelle-Guinée, l’océan Pacifique, derrière ses 166 241 700 de km², n’est pas seulement la plus importante zone de commerce de notre Terre. Il est aussi un formidable piège à CO2 et un refuge pour des centaines de milliers d’espèces marines.
Sous la surface du plus vaste océan du monde défilent herbiers marins et récifs coralliens, mangroves et failles océaniques peuplés d’animaux étonnants et bien souvent si peu connus.
Une diversité d’espèces et de paysages considérés depuis des siècles comme des ressources inépuisables et, plus récemment, comme la destination finale de la plupart de nos déchets. Tandis que les milieux marins régressent face aux nombreuses pressions qui les menacent, ce sont les divers services écosystémiques dont nous profitons qui risquent de disparaître avec eux.
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Si la vie n’est apparue sur terre qu’il y a environ 400 millions d’années, voilà plus de 3,8 milliards d’années que des organismes de toutes sortes parcourent les océans. Une poignée d’entre eux, bien plus tard, est finalement parvenue à coloniser les continents et à se diversifier, mais la plupart n’ont jamais quitté les eaux.
Globalement reliés les uns aux autres au point que l’on parle parfois d’océan mondial, les océans du globe de par leur continuité offrent un cadre moins propice à la formation de niches écologiques variées que les écosystèmes terrestres ou côtiers par exemple. C’est la raison pour laquelle les océans abritent moins d’espèces spécialisées, mais beaucoup plus de groupes d’animaux ancestraux, qui n’ont que peu évolué au fil du temps.
Pour autant, les caractéristiques géographiques particulières et la longue existence dont bénéficie l’océan Pacifique a permis à une vaste diversité d’espèces de faire progressivement leur apparition. Bordé de nombreuses mers, traversé par divers cyclones tropicaux et de colossales chaînes sous-marines dont bon nombre appartiennent à la ceinture de feu, l’océan abrite aussi une multitude de récifs coralliens et certaines des fosses les plus profondes de la planète. La fosse des Mariannes, plongeant à 11 034 mètres sous la surface, rivalise ainsi sans peine avec les 8849 mètres de l’Everest, connu pour être le plus haut sommet terrestre.
Avec ce relief si particulier et les courants chauds et froids qui le traversent, l’océan Pacifique a réunit les conditions nécessaires à l’épanouissement de plusieurs millions d’espèces marines, littorales ou semi-aquatiques telles que les oiseaux de mer, les morses ou les loutres de mer, réparties aujourd’hui à travers un large éventail d’habitats.
Nous y retrouvons les zones côtières riches en nourriture où se rencontre le dugong au cœur des herbiers marins, les eaux saumâtres ou les estuaires à la biodiversité moins variée mais foisonnante, ou encore la haute mer, territoire des grands bancs de poissons et des prédateurs carnivores tels que le requin blanc ou le grand cachalot.
Bien plus loin sous la surface, les grandes profondeurs obscures excluent toute croissance végétale photosynthétique mais abritent bien des espèces à propos desquelles nos connaissances ne restent que très superficielles.
Dans ces écosystèmes disparates, nous observons malgré tout la plupart du temps une organisation similaire avec des missions identiques remplies par une variété d’espèces. Des producteurs primaires d’oxygène tels que le phytoplancton présent non loin de la surface dans les eaux chauffées par le soleil, des animaux filtreurs comme le requin baleine ou la baleine bleue et de petits poissons flottants entre deux eaux.
Et puis les grands carnivores, phoques, orques, requins, présents tout en haut de la chaîne alimentaire et participant à l’équilibre général de l’ensemble.
Des espèces pélagiques, c’est-à-dire évoluant dans les masses d’eau, par opposition aux espèces dites benthiques que l’on rencontre sur ou dans les fonds marins riches en recoins et en cachettes. Ce sont les homards, les coquillages, la plupart des vers qui survivent même dans les grandes profondeurs, ou bien les coraux qui abritent un quart de la biodiversité marine de la planète
Si les frontières entre les différents écosystèmes ne sont pas toujours clairement définies dans l’océan Pacifique, ce sont notamment les différences de température sous-marine qui régissent la répartition des espèces, un peu à la manière de ce qui s’observe déjà sur les continents. Les espèces polaires de l’Arctique et l’Antarctique, poulpes, méduses, crustacés, poissons, sont particulièrement adaptées aux températures glaciales permanentes tandis que les espèces tropicales comme les coraux constructeurs de récifs ou la raie manta auraient du mal à résister à des températures inférieures à 20°C.
D’autres telles que la baleine à bosse alternent entre eaux froides et tropicales au fil de leurs migrations, tandis que la tortue luth, présente dans tous les océans de la planète, effectue chaque année d’interminables traversées pour regagner les plages qui l’ont vu naître afin de pondre à son tour.
C’est cette dispersion des espèces marines à travers la planète, bien plus importante que celle des espèces terrestres, qui complique depuis toujours leur étude et leur estimation. Le nombre de certains êtres vivants déjà connus comme les méduses n’a pas encore été clairement établi alors que de nouvelles espèces continuent d’être découvertes y compris parmi les poissons ou les mammifères marins.
Maillon essentiel de la recherche scientifique et de la disponibilité en nourriture, l’océan participe également au maintien du climat que nous connaissons en redistribuant la chaleur à travers notre Terre via les courants océaniques. Des quantités phénoménales de CO2 sont aussi piégées chaque année sous les eaux, bien plus que ce que sont capables d’emmagasiner les sols et la biosphère terrestre.
Mais les services rendus par l’océan Pacifique ne sont pas infinis, et l’incroyable biodiversité présente sous la surface est une richesse limitée. Sous l’effet de la surpêche et de la pollution marine, on observe déjà le déclin de certains grands prédateurs au profit d’espèces plus petites et situées plus bas dans la chaîne alimentaire. Un recul silencieux, nettement amplifié par les conséquences du réchauffement climatique.
Surexploités, dégradés, en pleine transition… Seul 1% de la superficie des océans du monde est aujourd’hui protégée, contre environ 15% pour les terres. On estime qu’une espèce de poissons sur 3 est menacée d’extinction, comme 6 des 7 espèces de tortues marines ou près du tiers des espèces connues de requins.
Face aux bouleversements climatiques engendrés par l’Homme, et compte tenu de la nécessité pour l’écosystème océanique de s’adapter, la richesse de la biodiversité marine est pourtant plus que jamais indispensable à la bonne santé des océans.
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À l’heure où le poisson reste la première source de protéine animale pour plus de 3 milliards de personnes sur la planète, l’exploitation des ressources vivantes aquatiques ne cesse de montrer l’étendue de ses failles.
En l’espace de 15 ans seulement, ce sont entre 50 et 90% des grands spécimens pélagiques qui ont été tirés hors de l’eau, et les trois quarts de tous les stocks encore restants sont désormais pleinement exploités ou surexploités. Sans laisser aux populations marines l’occasion de se reconstituer, l’humanité prélève chaque année environ 80 millions de tonnes d’espèces de toutes sortes, usant de méthodes de pêche souvent destructrices pour les habitats.
En cause notamment, l’émergence de pays tels que la Chine et l’Indonésie pour qui une large part de l’économie repose sur la pêche, couplée au non-respect fréquent des réglementations en vigueur et aux nombreuses subventions accordées par les États au secteur de la pêche.
Les populations de thons rouge se sont d’ores et déjà effondrées de 96% dans le Pacifique Nord et le saumon du Pacifique connaît un déclin tout aussi préoccupant tandis qu’ailleurs, au large du Japon, la chasse illégale de la baleine se poursuit encore.
Dans les années 1960, la menace plastique éclatait au grand jour après la découverte sur une plage de poussins d’albatros morts présentant du plastique dans l’estomac.
Depuis, des débris similaires ont été retrouvés dans tous les principaux écosystèmes marins de la planète, y compris dans les failles océaniques les plus profondes. Ceux flottant dans l’océan Pacifique proviennent essentiellement d’Asie et des États-Unis, réduits pour la plupart au fil du temps en microparticules qui s’accumuleront dans l’estomac des espèces marines et remonteront ainsi tout au long de la chaîne alimentaire, jusqu’à l’Homme.
Les plus gros débris, filets de pêche abandonnés, bouteilles, sacs plastique blesseront, étoufferont ou entraîneront régulièrement la noyade d’une multitude d’espèces parmi lesquelles les oiseaux marins et les tortues.
On parle aujourd’hui de plus de 15 millions de tonnes de plastique qui seraient ainsi déversées chaque année dans l’océan, au point que de gigantesques vortex de déchets se soient formés un peu partout à travers le monde. Celui apparu dans le Pacifique, entre la Californie et le Japon, est l’un des plus étendu.
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Avec l’intensification des échanges mondiaux, l’océan Pacifique est devenu l’une des artères principales du commerce international. Par lui transitent aujourd’hui 45% des exportations tandis que les littoraux sont pris d’assaut par les Hommes et les entreprises. Si l’Asie-Pacifique est aujourd’hui la région à la plus forte croissance économique au monde, le développement urbain et la progression du trafic maritime s’effectuent sans tenir compte du bien-être des écosystèmes présents.
Collisions, pollutions sonore, dégradation des habitats naturels, les activités anthropiques ont déjà laissé leurs marques sur la faune et la flore locale.
Sous la surface, c’est la richesse en minerai du sol du Pacifique qui suscite bien des convoitises. Aucune autorisation d’exploitation n’a pour l’heure été accordée compte tenu des répercussions que de tels prélèvements pourraient avoir sur les eaux profondes et leur biodiversité particulière. Mais cela ne ralentira pas éternellement les entreprises et leurs investisseurs.
De toutes les menaces auxquelles fait face l’océan Pacifique, il n’en est pas une qui ne soit pas aggravée par la hausse des températures. Avec elle, ce sont les catastrophes naturelles qui se font plus fréquentes, le niveau des mers qui s’élève et les eaux qui se réchauffent.
Face à ces modifications, il y a les espèces qui s’adaptent, ou bien celles qui migreront davantage vers les pôles ou vers de nouvelles régions. On constate aujourd’hui que les espèces marines se rapprochent des pôles six fois plus vite que ne le font les espèces terrestres.
D’autres disparaissent simplement comme les coraux, qui blanchissent et meurent à défaut de pouvoir continuer à s’alimenter.
En parallèle, la hausse des niveaux de CO2 dans l’atmosphère et l’eau a déjà fait bondir l’acidité des océans de 28% au cours du 21ème siècle. Un phénomène qui n’est pas sans conséquences pour la biodiversité marine puisque cela complique notamment la capacité des mollusques et des crustacés à former correctement leur coquille.
En découlent aussi certaines altérations au niveau de la croissance des espèces ainsi que de leurs fonctions neurologiques. Certains poissons semblent déjà avoir plus de difficultés à trouver leur nourriture ou à éviter les prédateurs.
Malgré tout, les activités humaines continuent d’engendrer chaque année près de 35 milliards de tonnes de CO2, sous l’effet de la déforestation ou de l’usage des énergies fossiles par exemple. Depuis 1991, une acidification record a pu être enregistrée à travers l’océan Pacifique.
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Dans ces écosystèmes en pleine mutation, le visage de la biodiversité marine de demain ne sera pas tout à fait celui que nous connaissons aujourd’hui. Des actions simples ont déjà été mises en place et doivent être poursuivies par les gouvernements et les populations dans les années à venir qui seront particulièrement décisives.
On parle notamment d’efforts conséquents pour gérer au mieux la conception et la fin de vie des déchets plastiques, et d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre en misant sur des énergies plus propres. Une réduction qui devra être particulièrement drastique afin de respecter l’accord de Paris qui s’engageait à ne pas dépasser le seuil de 1,5°C supplémentaire dans la hausse des températures pour les années à venir.
Pour agir contre la surpêche, il s’agira dans un premier temps de travailler à résoudre les problèmes de pauvreté dans les petites communautés de pêcheurs des pays émergents, et d’une coopération entre les gouvernements pour s’accorder sur une réglementation globale qui devra être soigneusement appliquée.
Le réseau mondial des aires maritimes protégées devra également être étendu afin de préserver la vie marine. La France possède d’ailleurs ici une responsabilité toute particulière puisqu’elle possède le second espace maritime au monde via les DOM-TOM, dont certains se trouvent au cœur du Pacifique comme la Polynésie Française.
Et puis, à plus petite échelle, nous-mêmes avons aussi la possibilité d’agir à notre façon.
Cela passera par la limitation de notre utilisation de plastique au quotidien, en renonçant déjà à la vaisselle, aux bouteilles en plastique ou aux emballages superflus, et en recyclant ce qui peut l’être. Attention également aux produits chimiques de grande consommation ou aux microbilles contenues dans les produits cosmétiques, qui aboutiront à terme dans les rivières et les mers. À la place, il sera possible d’opter pour des produits naturels ou faits maison !
Côté consommation de poissons, nous en avalons en moyenne 34 kilos par an et par habitant. Agir pour l’océan Pacifique passera par une diminution de la demande, et le refus des espèces menacées telles que le thon rouge, le lieu ou le cabillaud. On cherchera également à privilégier les méthodes de pêche les moins destructrices, en se référant notamment au label MSC.
Restera à prendre part aux initiatives locales de nettoyage des plages ou des cours d’eau et à communiquer largement pour attirer l’attention sur la situation préoccupante de l’océan Pacifique et des océans du monde.
Pas de solution miracle en somme mais de nombreuses initiatives à mettre en place dans tous les secteurs, pour préserver la bonne santé de l’océan Pacifique qui profite à chacun d’entre nous.