Les hippocampes (genre Hippocampus) comptent environ 46 espèces reconnues, du minuscule hippocampe pygmée de Bargibant mesurant 2 centimètres au grand hippocampe à ventre rond atteignant 35 cm. Leur morphologie unique — nageant à la verticale, dépourvus d’écailles, avec une queue préhensile et un museau tubulaire — et leur reproduction extraordinaire où le mâle porte les œufs en font l’un des poissons les plus fascinants des océans. Plusieurs espèces sont classées Vulnérables ou En danger par l’UICN, et au moins 150 millions d’individus sont prélevés chaque année pour la médecine traditionnelle asiatique.
Les hippocampes vivent dans les eaux côtières tempérées et tropicales du monde entier, des herbiers de posidonies méditerranéens aux récifs coralliens indo-pacifiques. Leur mode de vie sédentaire — un hippocampe peut passer toute sa vie dans un rayon de quelques mètres — les rend particulièrement vulnérables à la destruction des habitats côtiers : chalutage de fond, développement portuaire, pollution et réchauffement des eaux détruisent les herbiers marins dont ils dépendent.
Pour observer des hippocampes dans leur milieu naturel, il faut cibler les zones de plongée riches en herbiers marins ou en coraux. Voici les meilleurs spots au monde pour ces rencontres sous-marines magiques.

La Grande Barrière de Corail australienne abrite au moins sept espèces d'hippocampes, dont le spectaculaire hippocampe pygmée de Bargibant (Hippocampus bargibanti), découvert en 1970 et mesurant à peine 2 cm. Les sites de plongée autour des îles Whitsunday et de Ribbon Reefs offrent les meilleures chances d'observation, particulièrement sur les gorgones géantes où se camouflent les pygmées. La diversité des habitats — récifs coralliens, herbiers de Halophila, zones sablonneuses — permet de rencontrer des espèces variées sur un même site. Les guides de plongée spécialisés en « muck diving » connaissent les spots précis où résident ces poissons territoriaux, qui occupent souvent le même perchoir pendant des mois. L'observation requiert une excellente maîtrise de la flottabilité pour éviter de perturber ces animaux fragiles. Le blanchissement corallien récurrent menace directement les gorgones et les coraux mous qui hébergent les hippocampes pygmées, tandis que la dégradation des herbiers côtiers affecte les espèces de plus grande taille.
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Le Pacifique tropical, de l'Indonésie aux Philippines, constitue le centre de diversité mondial des hippocampes avec plus de 20 espèces recensées. Le détroit de Lembeh au nord de Sulawesi est considéré comme la Mecque mondiale du « muck diving » et offre des rencontres avec au moins huit espèces, dont l'hippocampe de Denise et l'hippocampe ponctué. Aux Philippines, les sites de plongée de Dauin à Negros et d'Anilao à Batangas sont réputés pour leurs populations d'hippocampes thorny (H. histrix) et tigertail (H. comes). La plongée de nuit révèle des comportements rarement observés le jour : parades nuptiales, transfert des œufs vers la poche du mâle et naissances. Le commerce massif pour la médecine traditionnelle chinoise représente la menace la plus grave dans cette région : les Philippines et l'Indonésie sont les principaux pays exportateurs, avec des dizaines de millions d'hippocampes séchés expédiés chaque année vers la Chine, Hong Kong et le Vietnam malgré les réglementations CITES.

Les eaux côtières de Floride, des Keys au golfe du Mexique, abritent plusieurs espèces d'hippocampes dont le grand hippocampe ligné (Hippocampus erectus), pouvant atteindre 19 cm. Les herbiers de Thalassia testudinum qui tapissent les fonds peu profonds des Florida Keys constituent un habitat idéal, offrant à la fois nourriture — petits crustacés et zooplancton — et protection contre les prédateurs. Les sites de plongée et snorkeling autour de Key Largo et du John Pennekamp Coral Reef State Park permettent des observations accessibles à tous les niveaux. La baie de Tampa et la lagune Indian River, sur la côte atlantique, sont d'autres sites réputés pour leurs populations résidentes. Les hippocampes de Floride sont actifs à l'aube et au crépuscule, s'agrippant aux tiges de posidonie avec leur queue préhensile. La principale menace est la dégradation des herbiers marins due au ruissellement agricole chargé en nutriments, qui provoque des proliférations d'algues étouffant les phanérogames marines. Les programmes de restauration des herbiers menés par la NOAA et l'État de Floride visent à protéger cet habitat critique.