Le gavial du Gange (Gavialis gangeticus) est l’un des crocodiliens les plus menacés au monde et le seul représentant vivant de sa famille. Reconnaissable à son museau extrêmement fin et allongé — une adaptation unique à la pêche — il peut atteindre 6 mètres de long. Classé En danger critique par l’UICN, sa population sauvage est estimée à seulement 650 à 700 adultes, contre des dizaines de milliers au milieu du XXe siècle. C’est l’un des reptiles ayant subi le déclin le plus spectaculaire de l’histoire récente.
Autrefois présent dans les grands fleuves du sous-continent indien, du Pakistan au Myanmar, le gavial ne survit plus que dans quelques rivières du nord de l’Inde et du Népal. La construction de barrages, le prélèvement de sable dans les berges de nidification, la pêche au filet qui noie les jeunes et la pollution industrielle du Gange ont réduit son habitat de plus de 98 %. Des programmes de reproduction en captivité ont relâché plus de 5 000 jeunes depuis les années 1970, mais le taux de survie en milieu naturel reste dramatiquement faible.
Pour observer le gavial dans son dernier refuge naturel, il faut se rendre sur les rivières du nord de l’Inde et du Népal. Voici les meilleurs spots pour apercevoir ce crocodilien unique.

Le sanctuaire national de Chambal, le long de la rivière Chambal — affluent de la Yamuna — est le dernier bastion du gavial avec environ 500 des 650 adultes restants. Cette rivière, paradoxalement préservée parce que la région était autrefois un repaire de bandits, offre des berges sablonneuses essentielles à la nidification. Les safaris en bateau entre Dhaulpur et Etawah permettent d'observer des dizaines de gavials se chauffant au soleil sur les bancs de sable, souvent en compagnie de tortues à carapace molle et de dauphins du Gange. La rivière Girwa dans le sanctuaire de Katerniaghat (Uttar Pradesh) abrite une population plus modeste mais en croissance grâce aux lâchers réguliers de jeunes élevés en captivité. Le minage illégal de sable dans le lit des rivières constitue la menace la plus immédiate, détruisant les sites de ponte et modifiant l'hydrologie des rivières. Le Gharial Conservation Alliance coordonne la surveillance des nids et la protection des plages de ponte pendant la saison critique de mars à juin.
Découvrir Les rivières du Gange

Les rivières népalaises issues des contreforts de l'Himalaya — notamment la Narayani (Gandaki) et la Rapti dans le parc national de Chitwan — constituent le second refuge mondial du gavial, avec une population estimée à 100-150 adultes. Le parc national de Chitwan, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, offre un cadre d'observation exceptionnel : les excursions en canoë sur la rivière Rapti permettent d'approcher les gavials à quelques mètres de distance, dans un décor de forêt subtropicale dominé par les sommets himalayens en arrière-plan. Le Gharial Conservation Breeding Center de Chitwan élève et relâche des jeunes gavials depuis 1978, avec plus de 1 500 individus libérés dans les rivières népalaises. La saison sèche, de novembre à février, offre les meilleures conditions d'observation, les niveaux d'eau bas concentrant les animaux dans les bassins profonds. Le principal défi est la surpêche au filet dans ces rivières, qui provoque la noyade de nombreux jeunes gavials et réduit les stocks de poissons dont ils dépendent.