L’espadon (Xiphias gladius) est l’un des poissons les plus rapides de l’océan, capable d’atteindre 110 km/h grâce à son corps hydrodynamique et son rostre aplati qui fend l’eau. Pouvant peser jusqu’à 650 kg et mesurer 4,5 mètres, ce prédateur pélagique est un nageur infatigable qui parcourt des milliers de kilomètres entre ses zones d’alimentation et de reproduction. Son statut UICN est Préoccupation mineure à l’échelle mondiale, mais certaines populations régionales — notamment en Méditerranée — sont surexploitées.

L’espadon est cosmopolite : on le trouve dans tous les océans tropicaux et tempérés, des eaux de surface jusqu’à 800 mètres de profondeur. Il effectue des migrations verticales quotidiennes spectaculaires, chassant en profondeur la nuit et remontant en surface le jour. La pêche à la palangre industrielle prélève environ 100 000 tonnes d’espadons par an, et les prises accessoires dans les filets dérivants constituent une menace persistante malgré les quotas internationaux.
Pour observer l’espadon dans son milieu naturel, il faut cibler les zones de concentration pélagiques riches en proies. Voici les meilleurs spots au monde pour croiser ce torpedo des mers.

Le Pacifique abrite les plus grandes populations d'espadons au monde, avec des zones de concentration majeures au large du Chili, de la Californie et d'Hawaï. Les eaux au large de Kona, sur la Big Island d'Hawaï, sont légendaires parmi les pêcheurs sportifs : les espadons y dépassent régulièrement les 200 kg. Pour les plongeurs, les rencontres pélagiques sont rares mais possibles dans les passes des atolls du Pacifique Sud, notamment en Polynésie française, où les espadons chassent les bonites et les calamars dans les courants. Les excursions de pêche sportive en « catch and release » permettent d'observer ces animaux de près tout en contribuant à la recherche par le marquage satellitaire. La surpêche par les flottes palangrières du Pacifique Nord reste préoccupante : la Commission des pêches du Pacifique occidental et central (WCPFC) impose des quotas, mais les captures déclarées restent souvent en deçà des prélèvements réels.

La réserve marine des Galápagos, avec ses 133 000 km² d'eaux protégées, offre l'un des meilleurs cadres au monde pour observer l'espadon en milieu naturel. La convergence des courants de Humboldt, de Cromwell et de Panama crée un bouillon de nutriments qui attire une chaîne alimentaire complète, des sardines aux grands prédateurs. Les sites de plongée autour des îles Wolf et Darwin, accessibles uniquement par croisière liveaboard, permettent des rencontres avec des espadons voiliers et des marlins dans les eaux bleues au-delà du récif. La saison chaude, de janvier à mai, concentre la plus grande activité pélagique. L'interdiction de la pêche industrielle dans la réserve depuis 1998 a permis aux populations de grands poissons pélagiques de se reconstituer. Cependant, la pêche illégale en bordure de la zone protégée et les flottes internationales opérant juste au-delà des limites continuent de menacer les populations migratrices.

Les eaux du plateau continental au large de la Grande Barrière de Corail, en Australie orientale, constituent un corridor migratoire majeur pour l'espadon dans le Pacifique Sud-Ouest. Les eaux profondes du talus continental, entre 200 et 600 mètres, à l'est de Cairns et de Townsville, sont des zones de chasse privilégiées où les espadons poursuivent calmars et poissons-lanternes. Les excursions de pêche sportive au départ de Cairns ciblent régulièrement des spécimens de plus de 150 kg entre septembre et décembre, lors de la migration printanière australe. Les plongées sur les récifs extérieurs — Osprey Reef, Ribbon Reefs — offrent occasionnellement des observations en eau libre pour les plongeurs expérimentés. La principale menace dans cette zone est le réchauffement des eaux, qui modifie la distribution des proies et pousse les espadons vers des latitudes plus élevées. Les épisodes de blanchissement corallien de 2016, 2017 et 2020 ont perturbé l'ensemble de la chaîne trophique dont dépend ce grand prédateur.