Le kakapo est l’un des oiseaux les plus rares et les plus extraordinaires de la planète. Ce perroquet nocturne incapable de voler, endémique de Nouvelle-Zélande, frôle l’extinction depuis des décennies. Classé en danger critique par l’UICN, sa population ne compte qu’environ 250 individus, chacun connu par son nom et suivi individuellement par les équipes de conservation. C’est un rescapé, un symbole vivant de la fragilité insulaire face aux prédateurs introduits.
Autrefois répandu dans les forêts de l’ensemble de la Nouvelle-Zélande, le kakapo a été décimé par les rats, les hermines et les chats introduits par les colons européens. Sa stratégie de défense — se figer et compter sur son camouflage — est fatale face à des prédateurs mammifères guidés par l’odorat. Son taux de reproduction très faible, lié à la fructification irrégulière du rimu, complique encore sa survie. Le programme Kakapo Recovery, lancé dans les années 1990, a transféré tous les survivants sur des îles débarrassées de prédateurs.
Observer un kakapo à l’état sauvage est un privilège quasi impossible pour le grand public, car les îles sanctuaires sont strictement interdites d’accès. Comprendre leur refuge unique permet toutefois de mesurer l’ampleur de l’effort de conservation déployé pour sauver cette espèce.

Les îles sanctuaires de Nouvelle-Zélande sont le dernier refuge du kakapo sur Terre. Codfish Island (Whenua Hou), au large de l'île Stewart, et Anchor Island, dans le Fiordland, abritent la quasi-totalité de la population mondiale. Ces îles ont été rigoureusement débarrassées de tout prédateur introduit — rats, hermines, chats — avant d'y transférer les oiseaux survivants. Chaque kakapo porte un émetteur radio et est suivi en permanence par des rangers dévoués qui surveillent sa santé, son alimentation et sa reproduction. Pendant la saison de reproduction, déclenchée par la fructification du rimu tous les deux à quatre ans, les équipes installent des nourrisseurs complémentaires pour maximiser le succès des nichées. Les œufs sont souvent prélevés pour incubation artificielle, puis les poussins sont réintroduits auprès de leur mère. L'accès à ces îles est strictement interdit au public pour éviter toute introduction accidentelle de prédateurs ou de maladies. Toutefois, le programme Kakapo Recovery partage régulièrement des images et des données en ligne, permettant au monde entier de suivre l'évolution de chaque individu. Ce modèle de conservation intensive, parmi les plus coûteux au monde par animal, a permis de faire remonter la population de 51 individus en 1995 à environ 250 aujourd'hui — un succès fragile mais remarquable.