Le nasique, reconnaissable à son nez proéminent et pendulaire, est l’un des primates les plus singuliers et les plus attachants de la planète. Endémique de l’île de Bornéo, il est classé en danger par l’UICN avec une population estimée à seulement 7 000 individus, en déclin continu. Son nez spectaculaire, qui peut atteindre 10 cm chez les mâles, sert de caisse de résonance pour ses vocalisations et joue un rôle dans la sélection sexuelle.
Le nasique vit exclusivement dans les forêts de mangrove, les forêts riveraines et les marécages côtiers de Bornéo, partagé entre la Malaisie (Sabah et Sarawak), l’Indonésie (Kalimantan) et le Brunei. Il ne s’éloigne jamais de l’eau et sait nager remarquablement bien, traversant même des bras de rivière pour rejoindre de nouvelles zones de nourrissage. La conversion massive des forêts de mangrove en plantations de palmiers à huile a détruit plus de la moitié de son habitat en 40 ans.
Bornéo est le seul endroit sur Terre où l’on peut rencontrer ce primate extraordinaire. Un site se distingue pour l’observation de cette espèce unique au monde.

Les forêts de Bornéo sont le seul habitat du nasique sur la planète, et plusieurs sites de l'île offrent des opportunités d'observation exceptionnelles. Le parc national de Bako, au Sarawak (Malaisie), est le site le plus accessible et le plus fiable : dès l'arrivée en bateau, les nasiques sont fréquemment visibles dans les arbres bordant les plages et les sentiers côtiers. Les groupes de 10 à 30 individus, dominés par un mâle au nez imposant, se rassemblent dans les arbres surplombant la rivière au crépuscule avant de dormir. Le long de la rivière Kinabatangan, au Sabah, les croisières en bateau à moteur au lever et au coucher du soleil offrent des rencontres régulières avec des groupes traversant la rivière à la nage, un spectacle saisissant. En Kalimantan indonésien, le parc national de Tanjung Puting propose également des observations, souvent combinées avec celles des orangs-outans. La conservation du nasique passe avant tout par la préservation des forêts riveraines et de mangrove : le Sabah Wildlife Department a créé des corridors forestiers le long du Kinabatangan pour reconnecter les populations fragmentées. Les programmes de reforestation communautaire et la certification RSPO des plantations de palmiers à huile sont des leviers essentiels, bien que le rythme de déforestation dépasse encore largement celui de la restauration.