Le narval, surnommé la « licorne des mers », est l’un des cétacés les plus mystérieux de l’Arctique. Sa défense torsadée, en réalité une dent sensorielle pouvant atteindre trois mètres, a alimenté des légendes pendant des siècles. Classé quasi menacé par l’UICN, le narval compte environ 80 000 individus dans le monde, concentrés dans le haut Arctique canadien et groenlandais. C’est l’un des mammifères marins les plus difficiles à observer.
Le narval vit exclusivement dans les eaux glacées de l’Arctique, passant l’hiver dans les zones de banquise dense du détroit de Davis et de la baie de Baffin, où il plonge à plus de 1 500 mètres sous la glace pour se nourrir de flétan noir. En été, il migre vers les fjords et les baies côtières pour se nourrir et mettre bas. Le réchauffement climatique ouvre son habitat à de nouveaux prédateurs (orques) et compétiteurs, tandis que l’augmentation du trafic maritime perturbe ses communications acoustiques.
Observer un narval reste une aventure rare et exigeante, réservée aux expéditions polaires les mieux organisées. Deux régions offrent des chances réalistes de rencontre.

Les eaux du Svalbard, en particulier le détroit de Hinlopen et la côte est du Spitzberg, sont fréquentées par des groupes de narvals pendant les mois d'été. Bien que les observations y soient moins fréquentes que dans l'Arctique canadien, les croisières d'expédition entre juin et août offrent des opportunités d'apercevoir ces cétacés discrets, souvent en petits groupes de 5 à 15 individus nageant le long de la lisière des glaces. Les défenses des mâles, émergeant occasionnellement au-dessus de la surface, créent un spectacle saisissant dans la lumière polaire. Les chercheurs du Norwegian Polar Institute étudient les narvals du Svalbard par satellite pour comprendre l'impact de la fonte des glaces sur leurs migrations. La population de narvals fréquentant le Svalbard est rattachée au stock du nord-est du Groenland, encore mal connu et potentiellement fragilisé par l'ouverture de nouvelles routes maritimes dans l'Arctique.
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Le nord de la baie d'Hudson et le bassin de Foxe, dans l'Arctique canadien, constituent le cœur de l'aire de répartition estivale du narval. De juillet à septembre, des milliers de narvals migrent vers les eaux peu profondes de l'inlet Admiralty, de l'île de Baffin et du nord du Manitoba. Les communautés inuit de Pond Inlet et d'Arctic Bay, sur l'île de Baffin, sont les points de départ des expéditions les plus réputées pour l'observation des narvals. Depuis le bord de la banquise ou à bord de bateaux traditionnels, les visiteurs peuvent observer des groupes de narvals remontant les chenaux entre les glaces, leurs défenses fendant parfois la surface dans un spectacle irréel. Les Inuit chassent le narval (muktuk) dans le cadre de quotas traditionnels stricts, un droit ancestral reconnu par le gouvernement canadien. Les recherches par drone et par balise satellite révèlent que les narvals sont extrêmement sensibles aux perturbations sonores, ce qui alimente le débat sur la régulation du trafic maritime croissant dans le passage du Nord-Ouest.