Le morse, avec ses défenses d’ivoire impressionnantes et sa silhouette massive, est l’un des plus grands pinnipèdes de la planète. Les mâles peuvent atteindre 1 500 kg et leurs défenses dépasser 80 cm. Classée vulnérable par l’UICN, l’espèce compte environ 225 000 individus répartis en deux sous-espèces : le morse de l’Atlantique et le morse du Pacifique. Ce dernier, plus abondant, se concentre dans les mers de Béring et des Tchouktches.
Le morse dépend de la banquise arctique pour se reposer, se reproduire et allaiter ses petits. Il se nourrit principalement de mollusques bivalves qu’il déterre au fond des eaux peu profondes grâce à ses vibrisses sensibles. La fonte accélérée de la banquise, provoquée par le réchauffement climatique, est la menace la plus grave : privés de plateformes de repos, les morses se concentrent par dizaines de milliers sur les plages, provoquant des bousculades mortelles.
L’Arctique reste le seul territoire du morse, et quelques sites privilégiés offrent des observations inoubliables de ces géants aux moustaches.

Le Svalbard est devenu l'un des meilleurs endroits au monde pour observer les morses de l'Atlantique. Après avoir été chassés jusqu'au bord de l'extinction dans l'archipel au XIXe siècle, les morses du Svalbard ont bénéficié d'une protection totale depuis 1952 et leur population est remontée à environ 5 000 individus. Les échoueries de Poolepynten, sur l'île de Prins Karl Forland, et celles de Torellneset, au sud du Nordaustlandet, rassemblent des dizaines de morses étalés sur les plages de galets, offrant des opportunités d'observation remarquables depuis les zodiacs des navires d'expédition. Les guides veillent à maintenir une distance respectueuse pour ne pas déclencher de panique. Les morses du Svalbard se nourrissent dans les eaux peu profondes du plateau continental, et la fonte de la banquise modifie progressivement leurs zones d'alimentation.
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La baie d'Hudson, au nord du Canada, est un habitat important pour le morse de l'Atlantique. Les îles de la côte nord-ouest de la baie, notamment les îles Coats et Walrus, abritent des échoueries historiques où des centaines de morses se rassemblent en été. Le village inuit de Coral Harbour, sur l'île Southampton, est le point de départ d'expéditions maritimes permettant d'approcher ces colonies. Les communautés inuit entretiennent une relation ancestrale avec le morse, qui leur fournit nourriture, ivoire et cuir depuis des millénaires. Les quotas de chasse traditionnelle sont aujourd'hui gérés conjointement avec les biologistes fédéraux pour assurer la durabilité des prélèvements. La baie d'Hudson se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et le recul de la banquise force les morses à modifier leurs routes migratoires et leurs sites de repos, un phénomène que les chasseurs inuit observent avec inquiétude.

Le Pacifique Nord abrite la plus grande population de morses au monde : environ 200 000 morses du Pacifique vivent dans les mers de Béring et des Tchouktches, entre l'Alaska et la Russie. En été, les mâles se rassemblent en échoueries massives sur les côtes de Round Island, en Alaska, un spectacle saisissant accessible par avion-taxi depuis Dillingham. Les femelles et les jeunes suivent le retrait de la banquise vers le nord, se reposant sur les glaces flottantes entre les plongées alimentaires. Depuis les années 2000, des rassemblements géants de dizaines de milliers d'individus ont été observés sur les plages de Point Lay, en Alaska, et de la côte tchouktche russe — un comportement anormal lié à la disparition de la banquise estivale. Ces concentrations provoquent des bousculades mortelles, en particulier pour les jeunes. La gestion conjointe américano-russe de cette population transfrontalière est un défi diplomatique et scientifique majeur.