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Monographies



Vautour fauve





Le Vautour fauve (Gyps fulvus) est un rapace nécrophage de la famille des Accipitridés, se nourrissant essentiellement de cadavres d’ongulés ovins, bovins et caprins. L’espèce niche généralement en falaise à une altitude comprise entre 300 et 1180 m dans des colonies de quelques couples à plus d’une centaine. La reproduction commence tôt dans l’année, l’œuf unique est ainsi pondu à partir de fin janvier.


Description de l’espèce


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Vautour fauve
Le Vautour fauve est un rapace de grande taille. Les parties supérieures sont bruns fauves, et les parties inférieures varient du brun au roux. La tête est recouverte d'un duvet blanc, et à la base du cou on retrouve une collerette de plumes blanches et duveteuses (brune chez les jeunes). Le bec est couleur ivoire, les yeux sont bruns clairs.
Les immatures ressemblent aux adultes sont d'aspect plus foncé, avec les plumes plus pointues. D'autres détails diffèrent comme la couleur du bec (noire), la couleur des yeux, la colerette.

Taille : 95 - 105 cm
Envergure : 255 - 280 cm
Poids : 7 à 10 kg

Biologie

Ecologie

Le Vautour fauve fréquente les milieux de moyenne montagne avec la combinaison de milieux de falaises pour la nidification et de milieux ouverts (pâturages) pour l'alimentation.
L’espèce niche généralement en falaise à une altitude comprise entre 300 et 1180 m dans des colonies de quelques couples à plus d’une centaine.

Comportement


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Vautour fauve en vol
Les individus adultes sont en grande partie sédentaire, la migration partielle se produisant uniquement chez les juvéniles qui quittent la colonie à la fin de la saison de reproduction afin de localiser probablement les ressources alimentaires et d’éviter la concurrence avec les adultes. En cas de condition climatique difficile et si la ressource alimentaire est suffisante, ils peuvent ne pas migrer. Le retour des migrants s’effectue généralement au printemps entre avril et mai.

Reproduction


La reproduction commence tôt dans l’année, l’œuf unique est ainsi pondu à partir de fin janvier. Il sera couvé en alternance par les deux parents pendant 54 jours en moyenne. L’éclosion a lieu entre les mois de mars et mai. Elle est suivie après 120 à 140 jours de l’envol, entre juillet et septembre. Une ponte de remplacement est possible en cas d’échec précoce. L’âge de première reproduction est généralement considéré comme étant de 5 à 6 ans mais des individus de 3 ou 4 ans se sont déjà reproduits avec succès dans les Causses. De manière générale, les couples sont fidèles pour la vie mais peuvent être séparés en cas de mortalité ou en cas d’échecs successifs dans la reproduction.
Les vautours sont des oiseaux longévifs (plus de 30 ans) : ils compensent ainsi leur faible production annuelle (0,5 à 0,8 jeune/couple/an) par une durée de vie élevée. Ceci les rend extrêmement sensible à une diminution de la survie des adultes, ou à une diminution prolongée de la production de jeunes.

Régime alimentaire


© GB
Vautours fauves en curée
Le vautour fauve est un nécrophage strict, c'est à dire qu'il se nourrit exclusivement de cadavres. Son bec puissant est capable de déchirer les tissus les plus résistants mais sa morphologie et ses pattes  inaptes à la préhension le rendent incapable de s'attaquer à la moindre proie vivante. Il se  nourrit essentiellement de cadavres d’ongulés ovins, bovins et caprins.



Répartition géographique

La distribution du Vautour fauve en tant qu’espèce nicheuse s’étend des montagnes d’Asie centrale et de l’Inde à l’Espagne et le Portugal. L’espèce est sédentaire à l’âge adulte alors que les jeunes individus sont migrateurs jusqu’à leur maturité sexuelle. On les retrouve notamment dans les pays d’Afrique du Nord comme le Sénégal, le Maroc, le Mali, le Tchad et probablement le Niger.
La majorité de la population nicheuse se situe dans le Sud de l’Europe autour de la Méditerranée, et plus principalement en péninsule ibérienne. L’Espagne abritant ainsi la plus grande part de la population avec environ 17332 à 18080 couples sur les 19048 à 20119 couples présents en Europe. La France abrite la deuxième population d’Europe avec environ 549 à 599 couples.

Au niveau français, on retrouve principalement l’espèce dans les Hautes Pyrénées (32 couples), dans l’Est des Pyrénées atlantiques (224 couples), dans l’Ouest des Pyrénées atlantiques (160 à 210 couples), dans les Grands Causses (Sud du Massif Central, plus de 100 couples), dans le Vercors (3 couples), les Baronnies (25 couples) et le Verdon (5 couples).

Statut de l’espèce

Règlement communautaire CITES : Annexe A
Directive Oiseaux : Annexe I
Convention de Berne : Annexe II
Convention de Bonn : Annexe II
CITES (Convention de Washington) : Annexe II
Oiseaux protégés : Article 1
Oiseaux protégés : Article 5

Evolution et état des populations, menaces potentielles

Evolution et état des populations

La population européenne de l'espèce est faible mais était en hausse entre les années 1970 à 1990. Bien que la population continue de décliner en Turquie et dans le Caucase, la plupart des autres populations sont en augmentation ou sont stables. La mise en place de plusieurs programmes de réintroductions en France (Causses, Baronnies, Vercors, Verdon) a permis d'améliorer le statut de conservation de l'espèce, et de voir ses effectifs augmenter au cours des dernières années. La population espagnole, la plus importante d'Europe, reste toutefois à surveiller suite à l'arrêt des rejets de cadavres porcins, principale source d'alimentation de l'espèce en Espagne.

Menaces potentielles

Les causes du déclin voire d’extinction locale sont variables suivant les régions mais sont essentiellement d’origine anthropique. L’espèce a décliné dramatiquement à la fin du 19ème siècle et plus particulièrement durant la première moitié du 20ème siècle.

L’empoisonnement a été un des principaux facteurs. Il était principalement réalisé par la strychnine à destination des grands carnivores (ours, loup, lynx). Le vautour étant une espèce nécrophage strict, il se nourrissait ainsi de cadavres contaminés. Bien qu’il ne soit pas la cible mais par empoisonnement secondaire, et du fait de son écologie (régime alimentaire, alimentation en groupe, faible capacité de recolonisation), il est extrêmement sensible à cette menace.

La perte d’habitats se rapporte aux deux principales menaces affectant les rapaces : la diminution des surfaces de nidification et la disponibilité de la nourriture. La principale source de nourriture des vautours étant le bétail issu de l’élevage, il est important de maintenir des pratiques d’élevage traditionnelles afin d’assurer la disponibilité de la nourriture. La transhumance mécanique ayant remplacé la transhumance traditionnelle, la quantité de charognes a diminué et ceci particulièrement à partir des années 1960. De même, la loi sur l’équarrissage (obligation d’enfouissement ou d’incinération industrielle des cadavres) a contribué à cette raréfaction.

L’électrocution et la collision avec les lignes électriques représentent une menace actuellement importante mais est pour l’instant peu évaluée. Le réseau moyenne tension est la principale cause de mortalité : 73 % des mortalités non naturelles sont liées aux lignes électriques. Des solutions ont été développées mais doivent être mises en application pour solutionner ce problème.
En Espagne, les vautours sont l’une des espèces de rapaces les plus affectées par les éoliennes. Le problème n’est pour l’instant pas présent en France, mais il faudra veiller à ne pas en implanter dans les zones de nidification et de prospection alimentaire.

Enfin les activités de loisirs en milieu naturel, qui se sont fortement développées et diversifiées au cours des dernières années, ont un impact sur le milieu naturel. Il est principalement dû à un problème de dérangement, et notamment en période de reproduction, soit par les pratiques sportives (escalade, canyoning, parapente) soit par les activités récréatives / de curiosité (randonnée ou même « naturalistes » peu scrupuleux). Il faut par conséquent concilier au mieux les activités de loisirs et le respect de la nature. L’impact est pour l’instant jugé comme « faible » (facteur affectant l’espèce uniquement à l’échelle locale) en France mais en augmentation (BirdLife International, 2004).

Propositions de gestion

Le Vautour fauve est soumis à une réglementation de portée nationale (Articles 1 et 5 de l’arrêté du 17 avril 1981 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire), de portée internationale (Annexe 2 des Convention de Berne, de Bonn et de Washington) et de portée communautaire (Annexe 1 de la Directive Oiseaux et Annexe A du règlement communautaire CITES).

L’espèce est classée « rare » en France et en Europe. Selon BirdLife International, le statut de conservation de l’espèce s’est amélioré au cours des dix dernières années passant ainsi d’un statut défavorable à un statut favorable de conservation. En effet, les effectifs ont nettement augmenté au cours des vingt dernières années atteignant en 2004 environ 18 à 19 000 couples en Europe. Mais cette amélioration est principalement présente en Europe occidentale, l’espèce étant en déclin en Europe orientale.

L’amélioration du statut de conservation de l’espèce est principalement due à la mise en place d’un ensemble de mesures de conservation pour assurer son maintien. Ce fut le cas en France, à partir des années 1960, avec la protection de l’espèce en 1962, la création d’aire de nourrissage en 1969 dans les Pyrénées, la création de la Réserve naturelle de la vallée d’Ossau en 1974 et l’interdiction de la strychnine en 1974.
Les autres populations françaises ont bénéficié de mesures de réintroduction de l’espèce : de 1981 à 1986 et de 1993 à 1997 dans les Causses, 1996 à 2001 dans les Baronnies, de 1999 à 2002 dans le Vercors et de 1999 à 2005 dans le Verdon.

Bibliographie
 
BirdLife International 2004. Birds in the European Union: a status assessment. Wageningen, The Netherlands : BirdLife International.

Sarrazin, F. & Lecuyer, P. 2004. Vautour fauve Gyps fulvus. In Thiollay, J.-M. & Bretagnolle, V. (eds) Rapaces nicheurs de France. Distribution, effectifs et conservation : 52-55. Delachaux et Niestlé, Paris.

Slotta-Bachmayr, L., Bögel R. & Camina Cardenal, A. 2004. The Eurasian Griffon Vulture (Gyps fulvus fulvus) in Europe and the Mediterranean : Status report and Action plan.


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Auteur

GB

Ingénieur écologue
Directeur de la publication
Responsable et fondateur de Conservation-nature.fr

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