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Monographies



Goéland leucophée





Le Goéland leucophée (Larus michahellis) est un oiseau marin de la famille des Laridés et de l’ordre des Charadiiformes. La plupart ont la tête blanche, et le bec est plus court et plus épais que celui des autres goélands, souvent jaune orangé vif avec une tache rouge sur la mandibule inférieure. Les ailes sont grisées. Le plumage adulte est acquis tardivement, vers l’âge de quatre ans. On peut rapprocher cette espèce du Goéland argenté (Larus argentatus) puisqu’ils sont proches génétiquement, bien qu’ils diffèrent par plusieurs caractères (couleur jaune de ses pattes et manteau plus sombre).


Description de l’espèce


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Goéland leucophée en vol
Le Goéland leucophée (Larus michahellis) fait partie de la famille des Laridés, dont il est, en taille, le plus gros représentant en Méditerranée. Il se reconnaît, en plumage adulte, à son dos et ses ailes gris, ses pattes jaunes et son large bec jaune comportant une tache rouge assez étendue au bout de la mandibule inférieure. Le cercle orbital est rouge. Les deux sexes sont semblables, et il n’y a de différenciation saisonnière.
Les jeunes volants de l’année font la même taille que l’adulte, mais ils arborent un plumage entièrement brun avec un bec sombre et des pattes souvent roses. Le plumage s’éclaircit au fur et à mesure jusqu’à atteindre le plumage adulte vers l’âge de 4 ans.

Taille : 58 – 68 cm
Envergure : 130 – 158 cm
Poids : 750 - 1250 g

Confusions possibles

Entre le plumage « juvénile » et le plumage « adulte », il existe trois stades de coloration différente en fonction des mues successives de l’oiseau pour atteindre son plumage définitif. C’est durant ce laps de temps (oiseau âgé de 1 à 3 ans) que les risques de confusions sont importants avec d’autres espèces beaucoup plus rares, comme le Goéland brun (Larus fuscus), le Goéland d’Audouin (Larus audouinii) ou la Mouette mélanocéphale (Larus melanocephalus).

Biologie

Ecologie

Le Goéland leucophée se regroupe en colonies,  sur les falaises côtières et les îles rocheuses du littoral méditerranéen, parfois atlantique, et également à l'intérieur des terres, jusqu'aux centres urbains.La biologie du Goéland leucophée se caractérise par une très grande capacité d’adaptation, lui permettant d’exploiter un large éventail de sites de nidification et d’alimentation. L’espèce niche principalement sur les îles et îlots mais aussi dans les falaises côtières, les marais salants, le long des cours d’eau ou encore en ville.

Comportement

Certains individus quittent leur site de nidification en période internuptiale et vont rejoindre le littoral français ou espagnol mais aussi l’Afrique du Nord. On en retrouve ainsi en abondance sur les côtes atlantiques et de la mer du Nord, jusqu’au grands lacs alpins. D’autres restent tout au long de l’année sur la colonie. Ce choix dépend généralement des potentialités alimentaires disponibles autour de la colonie. Le caractère opportuniste et la plasticité écologique du Goéland leucophée permettent une bonne adaptation à la vie en milieu anthropisé. Ceci a contribué à l’extraordinaire développement de l’espèce, qui est l’oiseau marin le plus représenté dans le bassin méditerranéen avec près de 120 000 couples nicheurs en Méditerranée occidentale.

Reproduction


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Eclosion d'un oeuf de Goéland
leucophée (Larus michahellis)
Le Goéland leucophée est une espèce coloniale. L’espèce niche au sol dans un creux où elle dépose un assemblage d’herbes, de branchettes ou encore de débris en forme de cuvettes. Les couples se forment  dès fin octobre sur les colonies littorales et pondent dès mi mars et jusqu’à mi mai en Méditerranée. La femelle pond généralement de deux à trois œufs. L’incubation dure 28 à 30 jours et les poussins restent près du nid 35 à 40 jours, jusqu’à leur envol. La maturité sexuelle de l’espèce est de 4 ans.

Régime alimentaire

Le régime alimentaire de l’espèce est très varié. S’il est à la fois pêcheur, chasseur (prédation sur les oiseaux aquatiques et micro-mammifères), cueilleur (invertébrés terrestres tels que les vers de terre à la mise en eau des rizières ou dans les labours) et charognard dans les milieux naturels, il tire de nos déchets la plus large part de son alimentation : consommation des poissons non commercialisables rejetés derrière les chalutiers, et des déchets divers sur les décharges d’ordures ménagères.

Répartition géographique

On retrouve le Goéland leucophée sur l’ensemble des îles et côtes du bassin méditerranéen mais également sur le littoral atlantique du Maroc à la Bretagne. Il occupe également les îles macaronésiennes. Les plus importantes colonies occidentales sont situées en milieu insulaire, sur l’île Berlenga (Portugal), sur les îles de Marseille et les îles Baléares.
En France, l’expansion de l’espèce sur le littoral méditerranéen s’est poursuivie à la fin du 20ème siècle. On retrouve l’espèce sur tous les départements littoraux de la Méditerranée avec une prédominance des Bouches-du-Rhône, de l’Aude et du Var. Dans les Bouches du Rhône, on retrouve l’espèce principalement aux niveaux des archipels marseillais (Riou et Frioul) mais aussi en Camargue. A l’intérieur des terres, l’espèce niche de la Drôme à la Dombes et au Lac Léman, dans les vallées de l’Arve et de la Durance, en Lozère, dans le Cantal, dans l’Aveyron, dans la vallée de la Garonne. Sur le littoral Atlantique, l’espèce est présente des Pyrénées atlantiques jusqu’au Morbihan.

Statut de l’espèce

Convention de Berne : annexe II
Espèce d’oiseau protégée au niveau national en France (articles 1er et 5)

Evolution et état des populations

La population de Goéland leucophée, comme celle d’une majorité de grands goélands a connu une augmentation considérable au cours des dernières années. Une des principales causes de cette explosion démographique est la mise à disposition par l’homme de ressources alimentaires abondantes via les décharges à ciel ouvert et les déchets de la pêche industrielle. La protection légale de l’espèce et des secteurs favorables à sa nidification sont également des causes à prendre en compte. L’accessibilité et l’abondance des décharges à ciel ouvert autour des zones de nidification, avec des ressources fréquemment renouvelées, ont exercé au cours des deux dernières décennies, une influence majeure sur la colonisation des différentes îles, ainsi que sur la taille et la dynamique des colonies.


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Juvénile de Goéland leucophée
La population européenne de l’espèce est comprise entre 310 000 et 580 000 couples, et a augmenté entre 1970 et 1990. Bien que les populations croates et géorgiennes ont décliné entre 1990 et 2000, les populations du reste de l’Europe augmentent ou sont stables. La plus grosse population est située en Espagne avec 100 à 250 000 couples nicheurs. Les principales populations se trouvent en Azerbadjan (10 à 15 000 couples), en Croatie (25 à 50 000 couples), en France (40 à 45 000 couples), en Italie (40 à 50 000 couples), au Portugal (20 à 30 000 couples), en Russie (40 à 50 000 couples), en Turquie (20 à 30 000 couples) et en Ukraine (12 500 à 17 500 couples).

En France, la majeure partie de la population se situe en Méditerranée avec environ 41 000 couples dénombrés entre 1997 et 2001. La Manche et l’Atlantique en comptaient un peu moins de 200 couples, et les départements intérieurs abritaient un peu plus de 300 couples. En région méditerranéenne, ce sont les Bouches-du-Rhône qui abritent la plus grosse population (20 500 couples), suivis de l’Aude (7700 couples), du Var (4 850 couples), de la Corse (4100 couples), du Gard (1 700 couples), de l’Hérault (1400 couples), des Pyrénées orientales (350 couples) et des Alpes Maritimes (300 couples). 

Nuisances et problématiques de gestion

L’accroissement spectaculaire des effectifs de Goéland leucophée est à l’origine d’une perturbation de l’écosystème insulaire. Les perturbations physiques et chimiques liées à leur nidification entraînent une modification de la composition floristique. Les nouvelles espèces installées, à biomasses plus importantes que les espèces originelles, ainsi que l’apport de matière organique par les goélands favorisent l’augmentation et le maintien des populations de Rat noir (Rattus rattus) et de Lapin de garenne. La prolifération de ces derniers conduit à l’augmentation des dérangements des oiseaux marins pélagiques (Puffin cendré, Puffin de Méditerranée et Océanite tempête) : la prédation par le Rat noir et l’effondrement des terriers par les lapins lors de la construction de galeries.

Impacts sur l’avifaune

Elle se déroule selon trois procédés :

- La prédation : elle s’exerce sur les œufs, les jeunes et les adultes. Ses conséquences sont variables suivant les espèces prédatées. Les risques sont réels sur les espèces sensibles comme les puffins ou les Océanites tempêtes.

- Le kleptoparasitisme : il correspond à une forme d’alimentation où l’animal récupère une proie qu’un autre animal a capturé ou tué. Soit il n’aurait pas pu capturer cette proie, soit cette méthode lui permet d’économiser l’énergie nécessaire à la capture de cette proie. Les goélands utilisent cette méthode étant donné leur incapacité à plonger pour pécher des poissons.

- La compétition pour l’espace de nidification. Les Goélands leucophées occupent les pointes les plus reculées, à l’abri du dérangement. Il s’agit également de zones de refuges pour l’ensemble de l’avifaune sensible. Les goélands peuvent occuper les meilleurs sites de nidification au détriment des autres espèces qui sont repoussées dans des habitats de moindre qualité.

Impacts sur la flore

La présence et surtout l’abondance de l’espèce sur les îles entraînent de multiples effets sur la végétation : des effets physiques, chimiques, des changements de la composition floristique et des changements des modèles de compétition intraspécifique.
Les effets physiques sont causés par le piétinement, ainsi que par l’arrachage de la flore afin de construire leurs nids et l’érosion du sol. Il a été déterminé que les goélands utilisaient 15 espèces végétales pour la confection des nids. La masse moyenne de matériaux utilisés pour confectionner un nid est d’environ 170 grammes.
Le guano rejeté par les goélands engendre un apport important en nitrate et phosphate, mais aussi en potassium. Des plantes rudérales nitrophiles, opportunistes, vont donc se développer et prendre la place de la végétation indigène, généralement pas suffisamment adaptable. Des plantes halonitrophiles peuvent également pousser suite à l’apport de sels causés par le déploiement des plumes après un passage en mer.
Le développement de plantes à stratégies R est dû aux pressions de nature physique et chimique.

Impacts sur les activités humaines

L’espèce provoque également des nuisances par sa nidification en milieu urbain ou industriel, des dégâts aux exploitations agricoles,  la perturbation du trafic aérien, et la transmission de maladies.
Les goélands en période d’incubation et de nourrissage ont un comportement très agressif vis-à-vis du public du site pouvant occasionner une gêne non négligeable.


Bibliographie

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Auteur

GB

Ingénieur écologue
Directeur de la publication
Responsable et fondateur de Conservation-nature.fr

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