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Espaces protégés

Les aires marines protégées : une solution à la sauvegarde du manchot



Des chercheurs du centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Universités Montpellier 1,2,3/Montpellier SupAgro/CIRAD/EPHE) et de l'Université du Cap en Afrique du Sud (1) montrent que la fermeture à la pêche de zones dans l'océan sont bénéfiques aux manchots du Cap, une espèce endémique à l'Afrique australe en voie d'extinction qui se nourrit exclusivement de poissons. Ce constat est le résultat d'une expérience inédite menée par ces chercheurs sur deux colonies de manchots en coordination étroite avec les autorités gouvernementales et les industries de la pêche sud africaines. Ces résultats sont publiés le 10 février 2010 sur le site de la revue Biology Letters.


Des chercheurs du centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Universités Montpellier 1,2,3/Montpellier SupAgro/CIRAD/EPHE) et de l'Université du Cap en Afrique du Sud (1) montrent que la fermeture à la pêche de zones dans l'océan sont bénéfiques aux manchots du Cap, une espèce endémique à l'Afrique australe en voie d'extinction qui se nourrit exclusivement de poissons. Ce constat est le résultat d'une expérience inédite menée par ces chercheurs sur deux colonies de manchots en coordination étroite avec les autorités gouvernementales et les industries de la pêche sud africaines. Ces résultats sont publiés le 10 février 2010 sur le site de la revue Biology Letters.

Le manchot du Cap Spheniscus demersus (unique manchot africain) est en danger d'extinction suite au déclin de 60% de sa population mondiale entre 2001 et 2009. Un déclin imputable à une pénurie de nourriture due à un déplacement des bancs de sardines et d'anchois dont se nourrissent les oiseaux. La compétition avec les pêcheries qui exploitent les derniers poissons disponibles autour des colonies de manchots d'Afrique du sud exacerbe la menace qui pèse sur cette espèce. Face à cette situation dramatique, en concertation avec les chercheurs et en coordination avec les industries de la pêche sud africaines, l'agence gouvernementale sud-africaine responsable de la gestion des pêcheries (le Marine and Coastal Management) a fermé à la pêche en janvier 2009 une zone d'océan de 20 km de rayon autour de la plus grande colonie de manchots du Cap (située sur l'île de St Croix, dans Algoa Bay). Une zone « témoin » autour d'une autre colonie de manchots (Bird Island), à 50 km à l'est de St Croix dans la même baie est restée ouverte à la pêche afin de permettre aux chercheurs de comparer les comportements de nourrissage des manchots.

Les chercheurs ont étudié le comportement de recherche alimentaire de 91 oiseaux sur ces 2 colonies à l'aide d'enregistreurs GPS en 2008 (avant) et en 2009 (après) la fermeture à la pêche. Ces appareils miniaturisés contenus dans des boîtiers hydrodynamiques étanches ont été attachés à l'aide d'adhésif toilé aux plumes du bas du dos des oiseaux. Objectif : enregistrer la latitude et la longitude chaque minute, ainsi que la pression hydrostatique (profondeur des plongées) chaque seconde. Ces données leur ont permis de calculer l'effort de recherche alimentaire de chaque oiseau en termes de durée du voyage en mer, de la distance parcourue, du nombre de plongées effectuées, de leur profondeur et de leur localisation.

Les résultats sont frappants : avant la fermeture à la pêche (en 2008), les manchots de St Croix se nourrissaient principalement (75% de leurs plongées) à plus de 20 km de leur colonie, parcourant jusqu'à 150 km à la nage en deux jours en quête de nourriture. En revanche, en 2009, seulement 3 mois après la fermeture de cette zone à la pêche, 70% de leurs plongées ont été effectuées à moins de 20 km, à l'intérieur de l'aire marine protégée (AMP). Ces oiseaux ont également diminué leur temps de recherche alimentaire de 30%, réduisant ainsi leur dépense énergétique journalière de 40%. En comparaison, la zone de recherche alimentaire des oiseaux de Bird Island (la colonie « contrôle ») est restée similaire au cours des deux années, les manchots ayant même augmenté leur effort de recherche alimentaire en 2009.

Cette expérience unique au monde démontre les bienfaits immédiats d'une aire marine protégée pour la conservation d'un prédateur marin supérieur en danger d'extinction. Elle confirme l'impact négatif de la pêche industrielle sur les conditions de nourrissage des manchots africains et démontre également l'importance capitale des aires marines protégées (2) pour la conservation de cette espèce menacée. Définies de manière appropriée, celles-ci peuvent faciliter la restauration des écosystèmes pélagiques (3) mis à mal par les effets combinés des changements climatiques et de la surpêche.

Notes :

(1) Du Percy FitzPatrick Institute of African Ornithology.
(2) La convention de Rio de 1992 stipule que 10% des surfaces marines doivent être protégées. Pourtant à ce jour seuls 0,8% de ces surfaces sont effectivement en réserve. Dans ce contexte la création d'Aires Marines Protégées (AMP) permettant la conservation des prédateurs marins consommant des proies mobiles telles que les poissons pélagiques est une urgence. Cette stratégie est néanmoins controversée car en haute mer il est difficile de délimiter clairement des AMP visant à la conservation d'espèces aussi mobiles que les prédateurs supérieurs et leurs proies. On part généralement du principe que ces réserves doivent être de grande taille afin d'englober les vastes habitats des prédateurs marins, ce qui les rend difficiles à mettre en place et à gérer.
(3) Le plancton, le phyto et zoo plancton, les poissons (notamment les sardines et anchois), tous les organismes vivant dans la colonne d'eau entre la surface et le fond de l'océan et jouant un rôle central dans l'écosystème marin.

Références :

L. Pichegru, D. Grémillet, R.JM Crawford, P.G. Ryan (à paraître le 10 février 2010) Marine no-take zone rapidly benefits Endangered penguin. Biology Letters


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