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Loisirs



Impact des sports d’hiver sur l’abondance des espèces montagnardes





L’impact de ces activités sur la faune est souvent complexe et variable dans l’espace et dans le temps. Une des perturbations engendrées sur la faune par ces activités est le dérangement de cette dernière qui engendre un comportement de fuite et donc un coût énergétique supplémentaire.


Le tourisme et les autres activités récréatives n’ont cessé d’augmenter au cours des dernières années. Ils constituent une nouvelle menace pour la biodiversité et notamment pour la faune. L’impact de ces activités sur la faune est souvent complexe et variable dans l’espace et dans le temps. Une des perturbations engendrées sur la faune par ces activités est le dérangement de cette dernière qui engendre un comportement de fuite et donc un coût énergétique supplémentaire. Des perturbations répétées peuvent également inciter les animaux à se déplacer et ainsi à occuper des habitats de moindre qualité qui peuvent affecter non seulement la reproduction de l’espèce mais aussi sa survie. La combinaison de ces effets peut conduire à une réduction de la densité et de la richesse spécifique sur les secteurs soumis aux perturbations.


© Nicolas Berger
Télésiège
L’augmentation croissante du tourisme en hiver menace les écosystèmes montagnards en raison de leur fragilité naturelle. La construction de remontées mécaniques a profondément modifié le paysage via la destruction, dégradation et fragmentations des habitats. En sus de conditions naturelles difficiles, les animaux doivent maintenant faire face aux perturbations supplémentaires générées par les activités humaines. De plus, on constate également qu’à proximité des hôtels, auberges et restaurants, la densité de prédateurs généralistes est artificiellement augmentée par la disponibilité en nourriture (restes d’ordures ménagères par exemple) au détriment des prédateurs spécialistes.
Ces espèces sont de plus déjà fragilisées par l’abandon des activités agricoles traditionnelles (tel que le pâturage du bétail), qui réduit la richesse spécifique et l’attractivité de ces habitats pour la faune en raison de la baisse de l’hétérogénéité du paysage ; mais également par la chasse qui pourrait avoir un impact sur la dynamique des populations d’espèces sauvages déjà affaiblis par d’autres facteurs.

Cas du Tétras lyre


Le Tétras lyre (Tetrao tetrix) est un indicateur clé de l’état des espèces des écosystèmes forestiers. Il souffre d'une baisse de ses effectifs dans certaines parties de son aire de répartition géographique. Dans les Alpes, une baisse sévère a été signalée localement, en particulier dans les zones marginales de sa distribution. Dans les Alpes, le Tétras lyre vient presque toute l’année dans la une ceinture comprise entre 1800 et 2300 m d’altitude, soit dans la zone où la plupart des installations de ski d'hiver et de loisirs sont concentrées.

Une étude a permis de confirmer les affirmations de l’UICN quant au fait que les sports d’hiver et de plein air sont responsables de la chute des effectifs de Tétras lyre. Elle montre ainsi que l’abondance de l’espèce est inférieure de 36% dans les stations de ski par rapport aux zones naturelles. Des études ont d’ailleurs démontré l’influence négative des pistes de ski jusqu’à 100 à 200 m des pistes. Elles auraient une influence sur les espèces menacées sur une échelle bien plus importante de l’ordre de 500 à 1000 m, alors que les remontées mécaniques auraient un impact jusqu’à 1500 m.


© Nicolas Berger
Télésiège traversant la vallée
L’effet négatif des remontées mécaniques et des activités de sport d’hiver sur le Tétras lyre est probablement due à une combinaison de différents facteurs : la destruction ou l’altération des habitats, l’augmentation de la prédation causée par la fragmentation des habitats, l’augmentation des perturbations humaines directes qui occasionnent un stress pour les animaux et un coût énergétique plus élevé et enfin les mortalités par collision avec les câbles.

Ces données concernent essentiellement des résultats obtenus en étudiant le Tétras lyre. Toutefois l’impact négatif joué par les remontées mécaniques et les autres activités récréatives de sports d’hiver sont susceptibles d’être généralisées à d’autres espèces faunistiques.
Afin de préserver le milieu naturel de ces menaces, il est important de mettre en place des lignes directrices précises pour la conservation de ces espèces.
La végétation alpine est souvent menacée par le ski mais aussi par la préparation des pistes de ski : les arbres et arbustes sont taillés et la densité arbustive est réduite. Les réseaux routiers sont densifiés pour faciliter l’accès aux installations, entraînant une perte et une fragmentation des habitats.
Afin de limiter les dommages, il est par conséquent nécessaire de conserver ou restaurer la végétation arbustive le long des pistes et des routes. Si la préservation d’une mosaïque de végétation n’est pas possible ou si les dommages sont déjà trop importants, une mosaïque végétale peut être mis en place composée de plantes et de semis (uniquement composés d’espèces locales !) afin d’accélérer la recolonisation de la végétation.

Bibliographie



P. Patthey, S. Wirthner, N. Signorell & R. Arlettaz (2008).Impact of outdoor winter sports on the abundance of a key indicator species of alpine ecosystems. Journal of Applied Ecology, 45 : 1704–1711.


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Auteur

GB

Ingénieur écologue
Directeur de la publication
Responsable et fondateur de Conservation-nature.fr

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